RICARDO STRAFACCE
LE RÉALISME INVRAISEMBLABLE

Si Ricardo Strafacce a fait l’objet de toutes les attentions de la part de la critique et des lecteurs argentins suite à la parution en 2008 de sa biographie de l’écrivain maudit Osvaldo Lamborghini (Prix Konex 2014), c’est pourtant un auteur, avocat de profession, à la carrière littéraire déjà longue et fournie.

Depuis 1999, ses récits, souvent courts, viennent régulièrement égayer et nourrir un regard un rien décalé sur la société argentine, son histoire contemporaine et sa littérature. Conjuguant avec bonheur un récit aux apparences réalistes, trépidant et rebondissant, ses livres baroques embarquent le lecteur dans une aventure à l’issue toujours surprenante. Cette manière singulière de manier le récit, Ricardo Strafacce la qualifie de « réalisme invraisemblable », façon peut-être de revisiter le « fantastique », tel que l’a si bellement mis en œuvre la littérature argentine au long du siècle dernier.

Des récits improbables qui ont aussi la particularité de pouvoir être lus pour ce qu’ils sont, des histoires un peu folles, mais aussi constituer une approche fort critique du monde et des êtres qui nous entourent.

La littérature vagabonde

 Ricardo Strafacce revient, au long des entretiens qu’il accorde, sur une conception de la littérature comme espace de liberté, d’invention, de digression.

Ses histoires semblent se construire « en direct », un peu comme si une péripétie en amenait une autre, comme si l’écriture était d’abord et avant tout un espace d’improvisation : celle des personnages, qui par le biais du dialogue font avancer le récit.

D’où l’impression d’une capacité intarissable de fabuler, de rebondir. D’où, aussi, un récit vif, agile, haletant parfois ; une langue souple explorant les registres en fonction des circonstances, du plus familier au plus poétique et baroque. Et enfin, une forme de « réalisme invraisemblable » : réalisme des situations de départ, des contextes qui sous-tendent les trames, et fantaisie du développement au gré des désirs des personnages.

Un rien d’absurdité aussi transparaît dans les textes, celle de notre société et plus spécifiquement de la société argentine contemporaine.

Provoquant l’agacement ou le rire, ce sont quoiqu’il en soit, des romans qui ne laissent pas indifférents.

Une bibliographie en guise de carte de visite

Peu d’éléments divulgués nourrissent la biographie de cet écrivain, prosateur, dramaturge, essayiste et poète, né en 1958 à Buenos Aires.

Tout juste qu’il devient avocat en 1982 – ce qui explique sans doute aussi un penchant marqué de ses personnages pour l’argumentation – et qu’il dispense aujourd’hui des cours sur Osvaldo Lamborghini et l’écrivain argentin contemporain César Aira.

Son œuvre dit à elle seule l’importance de son activité littéraire.