MM. Questionnaire Schmidt

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1. quels sont les objets qui t’ont accompagnée toute ta vie ?
Je suis très attachée à certains objets : mes livres, crayons noirs, feuilles, ma flûte traversière, ma guitare qui m’a abandonnée il y a quelques années mais que j’aimerais récupérer, une Olivetti mécanique de 1949 qui appartenait à ma grand-mère, le maté, la dinde, un lit, un bon matelas, un verre à vin, ma collection de cd de musique classique. Je sais qu’il n’est pas conseillé de transiter de par le monde attachée à des objets, mais j’admets que ce sont mes traits obsessionnels de dépendance.

2. tu sens des présences, des voix des musiques de l’autre monde ?
Je ne sais pas.

3. que penses-tu de la rose, des bagues, de la mer et des tatouages ?
La rose sur le rosier. Dans un bouquet, non. Dans un poème, ça dépend. Les bagues sont belles, mais je n’en porte pas. La mer est un foyer. Les tatouages ne signifient rien pour moi.

4.quelle est ta superstition ?
Je préfère laisser cette question pour un divan, si je reviens un jour.

5. dans quelle partie du corps, de l’air ou du paysage sens-tu la poésie ?
La poésie existe. La poésie est en moi et dans le monde. Dans le corps, dans l’air, dans l’eau, dans l’autre. Elle est partout, incisive, transcendante.

6. tu écris tandis que tu écris ou avant ou après ?
J’écris tandis que j’écris et j’écris tandis que je lis. Et j’écris.

7. quels auteurs ne relirais-tu pas ?
Je préfère parler de ceux que je relirais.

8. parmi les poètes que tu as connus lesquels d’entre eux t’ont semblé unir leur vie et leurs mots ?
Je vais répondre à une autre question. J’aurais aimé connaître Julio Cortazar, Raul Gonzalez Tuñon et Raul Gustavo Aguirre parce que, justement, j’ai toujours compris qu’il ya eu, dans les trois cas, une pleine coïncidence entre leur œuvre et leur vie. Quelque chose de difficile mais de nécessaire. Bien que, sans doute, la qualité d’une personne n’a pas à coïncider avec la qualité de son œuvre. Et en général, nous lecteurs nous connaissons les œuvres, ce qui est, finalement, ce que nous cherchons.

9. quoi, qui écrit en vous ?
Si je le savais, je n’écrirais pas. J’aime ce mystère.

10. certains mots, certains thèmes ou certains climats reviennent-ils ?
Toujours les mêmes, de façon infatigable, étouffante, belle.

11. dans ta vie, la poésie comme sujet, destin ou circonstance ?
Dans ma vie, la poésie.

12. que voudrais-tu lire demain, que voudrais-tu relire toujours ?
« Le livre des questions » d’Edmond Jabès. Et Julio Cortazar, César Vallejo. Clarice Lispector. Paul Celan. Giuseppe Ungaretti. Wislawa Szymborska. Olga Orozco. Sophocle. Et sûrement, heureusement, bien d’autres auteurs. Et ce qu’il me reste à découvrir.

13 que penses-tu du romantisme allemand ?
Je n’en pense rien. J’écoute Beethoven, Brahms et Mendelssohn. Quoi d’autre.

14. le silence, la solitude, la transparence, l’ordre, dedans, dehors, parfois, jamais ?
Trop pour répondre en une fois et pour toujours.

15. qu’est-ce qui a été impossible ?
les enfants, sur le plan personnel, et l’élimination de la faim dans le monde.

16. la poésie est une arme chargée de futur, passé, éternité ?
La poésie est un voir dans le silence et un entendre dans l’obscurité, comme l’a écrit Maria Zambrano.

17. la poésie est littérature ?
C’est de la littérature, oui, plus précisément un langage. Une digression : j’aime beaucoup Hans-Georg Gadamer, parce que ce qu’il dit de la parole poétique est très beau. Et à l’autre extrême, Octavio Paz approfondit de manière sublime cette question.

18. quelle place occupe la poésie argentine en Amérique latine et dans la langue castillane ?
Disserter sur ces questions implique un regard érudit et en un certain point extérieur, je veux dire, travailler avec les statistiques, avec l’approximation, avec la donnée. En ce qui me concerne, cela ne m’intéresse pas beaucoup. Mais je voudrais dire que la poésie argentine, selon mon intuition de lectrice, est marquante, propose un très grand nombre de poètes, qui chacun possède leur propre poétique qui exprime une vision du monde, comme le disait le grand Raul Gustavo Aguirre. Et cela me paraît digne d’être pris en considération. Il y a une grande beauté dans la poésie argentine. Pourquoi ne pas le dire.

19. quels poètes argentins selon toi devraient y être et n’y sont pas ?
Je suis mal à l’aise quand je pense à y être et ne pas y être, au mérite et au non mérite. Il y a de l’injustice et il y a de l’infamie, bien qu’à côté de ce qui se passe dans le monde ce soit une injustice mineure et de peu d’importance. Je me propose alors de lire, de transmettre, d’écrire pour sauver la vie de quelqu’un ou sauver mon propre cœur, comme le souhaitait Clarice Lispector. Le reste est silence.

20. quelqu’un t’a amenée ou y es-tu allée seule à cette parole sombre ?
Je ne synchronise pas avec cette question.

21. en dehors de la poésie quel domaine de l’art t’intéresse ?
L’art en entier m’est nécessaire (la musique, la peinture, le cinéma, le théâtre, la danse). Mais comme toujours, dans l’art en général il y a des particularités. Je diras que je suis plus de chambre que symphonique, en tout.

22. la poésie est un travail de l’esprit ou une émanation de l’histoire, il y a un esprit, il y a de l’histoire ?
C’est un travail de l’esprit non sans une inévitable interférence de l’histoire Mais, en substance, je suis proche de Gadamer : « la particularité de la construction poétique est toujours une défense face à la détérioration du langage. »

23. quelle est la plus grande difficulté dans la relation existence-poésie ?
Ce qui est difficile c’est l’existence. La poésie aide, n’aide pas à la comprendre mais à la re-signifier et à avancer.

24. tu souhaiterais répondre à d’autres questions, tu voudrais en poser d’autres ?
Cela me paraît suffisant.

Livres : el orfanato (Alción, 2010), trilogie de la tristesse (Alción, 2009), museo de postales (El suri porfiado, 2008), diálogo con pescadores (Alción, 2007), variaciones en la niebla (Alción, 2005), la carta de vermeer (Alción, 2002), El accidente (Mascaró, 2001).