NONA FERNÁNDEZ
LA POÉSIE DE LA MÉTONYMIE

Une vie en écriture

Le parcours de Nona Fernández (Santiago 1971) en écriture est déjà bien rempli, comme l’atteste une bibliographie fournie et les prix et distinctions qui reconnaissent son travail. Et ce qui attire l’attention, c’est aussi son caractère polygraphe : du récit au roman, de la série télévisée au théâtre –que ce soit en tant qu’actrice ou dramaturge–, Nona Fernández semble n’avoir de cesse d’explorer la manière de dire et de donner à voir, de raconter pour comprendre. Appréhender et re-construire des histoires singulières indissociables de l’Histoire d’un espace géographique malmené : le Chili des Mapuche d’abord conquis par les Espagnols, puis meurtri au siècle dernier par la dictature : même violence, même résistance, même nécessité de se souvenir et de reconstruire les processus d’oppression. Dévoiler ce qui a été tu à partir de ce qui perdure, des éléments abandonnés et épars ; combler par des mots ordonnés en récit le vide de l’incompréhension et de l’absence.
Lire les textes de l’écrivaine chilienne Nona Fernández (Santiago, 1978), c’est entrer dans un univers où le détail, l’objet mis au rebut, le souvenir qui demande a être revivifié et compris est la pierre angulaire de la construction de l’histoire et de la re-lecture de l’Histoire.
Une écriture à partir de la perception, de l’image et en image. D’où la sensation d’un univers d’autant plus concret et vraisemblable qu’il est aussi le fruit d’une (re)construction imaginaire et poétique. Du contenant au contenu, de la partie au tout, personnages et lecteur sont perpétuellement conduits à assembler les pièces d’un puzzle dont les éléments appartiennent au passé mais donnent sens au présent.

Des mots et des images pour combattre l’oubli

L’engagement de Nona Fernández oriente son écriture : les thèmes de l’oubli, de l’absence et de la disparition, de la violence infligée à autrui, de la perte et de son processus y sont donc très présents, compte tenu de l’histoire récente du Chili. Mais qui dit perte dit aussi le besoin de comprendre et de re-construire ce qui a disparu, s’est effacé tout en continuant de peser sur un présent inintelligible pour qui ne sait pas ce qui s’est produit, ne comprend pas comment cela a pu se produire. D’où la présence prégnante des objets, des photos et des souvenirs dans les romans de Nona Fernández, jeune écrivaine grandie en période de dictature et de chape de silence.