Chiara Bolognese « Mots depuis la prison : les cahiers inédits d’Alicia Kozameh », dans Escritoras y compromiso.Literatura española e hispanoamericana de los siglos XX y XXI, A.Encinar et C. Valcarcel éditrices, Madrid, 2009, pp.917-935)

http://presnum.mshs.univ-poitiers.fr/kozameh/Presentation/Presentacion1.html#_ftn7

(pour les images)
… dans la prison de Villa Devoto
un rayon de soleil passe lentement dans la cellule
pourquoi ce rayon de soleil se promène-t-il par ici ?
Juan Gelman

« J’ai été arrêtée, avec quelques heures de différence en même temps que celui qui à ce moment-là était mon compagnon le 24 septembre 1975. Libérée en liberté surveillée – une autre forme d’arrestation – le 24 décembre 1978 (2002 :7), déclare Alicia Kozameh dans le prologue de Pasos bajo el agua [Des pas sous l’eau], son premier roman publié en 1987. L’écrivaine argentine a permis à l’équipe du Centre de Recherches Latino-américaines de Poitiers de scanner les cahiers qu’elle a écrits durant sa détention à Villa Devoto (février 1977- décembre 1978), afin de les étudier et de faire connaître son expérience, et ce sont eux que nous présenterons ici.
Avant tout, il convient de souligner que Kozameh a été arrêtée avant le début de la dictature de Jorge Rafael Videla (mars 1976- octobre 1983) et que, alors, les détenues ignoraient en partie ce qui pourrait leur arriver, combien de temps elles resteraient en prison ou si elles finiraient assassinées. À cette période de grande incertitude, comme cela s’en dégage à la première lecture des cahiers, ressurgit chez Kozameh le désir d’écrire qui s’était déjà manifesté dans de nombreux poèmes, contes et ébauches de roman écrits durant son enfance et son adolescence .
Dans ces pages, nous tenterons de délimiter ce que sont et comment sont structurés lesdits textes. Cette ébauche nous permettra de comprendre peut-être, si on y trace déjà le profil créatif et personnel de l’auteure, et si ce profil se poursuit dans son œuvre ultérieure, et de comprendre quelle place ils occupent dans son corpus narratif. Nous nous pencherons également sur quelques points plus ponctuels qui s’y trouvent.
Dans tous les cas il convient d’avoir à l’esprit que l’origine de ces cahiers répond à un contexte historique critique et très déterminé et qu’ils s’inscrivent dans un moment singulier de la biographie d’Alicia Kozameh.

Thèmes des cahiers
Pour les détenues il n’était pas facile d’avoir un cahier en prison. De fait, le deuxième cahier tenu par Kozameh est accompagné de l’autorisation du service en charge de la censure (Figure 1). Par ailleurs, une fois obtenue l’autorisation on ne pouvait pas tout confier à ses pages, car le service de censure était très pointilleux dans son analyse de ce qui concernait la prison.
Le matériel qui constitue les pages des cahiers de Kozameh est très varié. En tenant bien compte des limites de toute classification, on peut, d’une certaine manière, réunir les écrits en différents groupes :
a) Les « lettres » à ses parents et ses réflexions , plus ou moins lyriques. On y voit clairement la conscience de Kozameh à propos de sa précocité intellectuelle et de sa curiosité pour la vie .
b) Le récit de ses rêves où apparaissent ses proches. Parmi eux il convient d’en mentionner certains qui donnent une idée de l’angoisse et du désordre émotionnel créés par la captivité. Kozameh transcrit un rêve dans lequel elle est avec son père et sa sœur, une enfant qui à cette date était déjà morte mais qui dans le récit en revanche est vivante . Son compagnon d’alors aussi, Eduardo, a une importance dans les rêves. Kozameh l’imagine vieilli, « très inconscient de tout » .
Postérieurement, il y a un rêve ans lequel Eduardo est mort, et un autre qui le met en scène avec l’auteure elle-même tandis qu’ils sont soumis au jugement des militaires (le dénommé « conseil de guerre ») .
c) Ses poèmes.
d) Les dessins qui croquent les personnes du monde la prison et en particuliers ses compagnes – dont certaines apparaîtront plus tard dans les personnages de Pasos bajo el agua. Il y a un dessin qui évoque le célèbre tableau d’Edward Munch intitulé Le cri (Fig.2), un autre est le portrait du curé San Fachón (Fig. 3), terrible serviteur du régime. Il y a quelques portraits d’Eduardo (Fig.4) extrêmement mince et semblable à un squelette. Par contre, les dessins qui mettent en scène des enfants sont plus gais, puisqu’en effet c’étaient les petits qui transmettaient l’espoir et l’illusion aux prisonnières politiques (Fig.5).
e) Les transcriptions des textes de théorie littéraire ou de fragments d’œuvres de littérature. Il y a beaucoup de vers de poèmes écrits par les représentants de la génération espagnole de 1927, et de nombreux articles de critique sur la littérature argentine de l’époque, ou à propos de la littérature étrangère interprétée par les critiques argentins les plus célèbres de l’époque. Cette pratique est due à la crainte que le régime élimine tous les textes et parvienne ainsi à mener à bien son projet de destruction complète de la pensée.

Structure et valeur des cahiers

À travers la lecture chronologique des cahiers on apprécie le développement émotionnel et intellectuel de l’écrivaine. Les préoccupations pour le style et les thèmes sont différentes dans l’un et l’autre.
Le premier commence le 7 février 1977 par quelques poèmes, mais la page antérieure, datée du 25 février 1977 semble l’introduction, car l’auteure réfléchit sur elle-même et au sujet de la finalité des cahiers en question : « je veux faire bon usage de ce cahier. Écrire comme je l’ai fait toute ma vie, mes poèmes, mes contes. Les lire, les corriger, les améliorer ». En même temps l’écrivaine argentine pense que son séjour en prison aura au moins une répercussion « positive », puisqu’elle lui servira à mûrir. «L’enfermement physique doit aider à grandir en profondeur d’esprit. Parce que le soleil se lève face à nous, les enfermés, chaque jour ». Aux poèmes suivent les rêves mentionnés que Kozameh faisait en prison. Puis il y a les réflexions plus personnelles, qui précèdent les dessins, progressivement plus tristes, et enfin il y a « les lettres » aux parents qui occuperont une bonne partie du second cahier.
Ce dernier est plus replié sur soi, avec des paragraphes d’autoréflexion . On y perçoit plus clairement l’angoisse due à l’enfermement : il y a de nombreuses références à la longue durée de la réclusion et à la peur de l’avenir. Sur la première page, tout comme sur de nombreuses pages suivantes, il y a des fragments avec des croix (Fig .6) avec lesquelles A.Kozameh marquait les textes qu’elle avait déjà recopiés et envoyés sous forme de lettre en dehors de la prison. Cela n’apparaît pas dans le premier cahier, peut-être parce qu’elle ne ressentait pas comme proche le danger de s’en voir dépouillée.
Dans ce deuxième cahier sont aussi transcrites les petites cartes qu’elle préparait pour l’anniversaire de ses compagnes. Durant l’enfermement en effet, les prisonnières accordaient beaucoup d’importance aux dates d’une part parce qu’elles souhaitaient reconstruire une certaine ressemblance avec « l’univers familial » en prison, et d’autre part parce qu’elles cherchaient à marquer le passage du temps et compliquer ainsi la tâche de leurs geôliers cherchant à leur faire perdre la notion du temps et à les désorienter chaque jour davantage.
Il faut souligner que les dernières pages du deuxième cahier sont détachées (Fig.7). Cela se produit parce que, à un certain moment, Alicia Kozameh a appris qu’on lui interdirait de l’emporter à sa libération. De là que son attitude envers l’écriture souffre un changement, étant donné qu’elle commence à écrire en pensant que, coûte que coûte, elle doit faire sortir ses écrits. C’est pourquoi, peut-être, il y a une première partie plus lyrique et une seconde qui dénote une finalité plus concrète d’écrire pour fournir une certaine catégorie d’information à qui reçoit les textes.
Les cahiers sont, donc, des mots écrits dans la prison – les passages plus lyriques, comme les poèmes ou certaines réflexions très personnelles – et depuis la prison – ce qu’elle transcrit dans l’intention de le sortir de Villa Devoto, pour ainsi le sauver de l’anéantissement. Il faut dire qu’en plus de camoufler ses réflexions comme s’il s’agissait de lettres adressées à ses parents , A.Kozameh copiait aussi les lettres qu’elle recevait de peur qu’on ne les lui enlève l’empêchant par là même de conserver le souvenir de sa captivité.

Le témoignage d’une (future) écrivaine

Les pages que nous analysons montrent une sensibilité –littéraire et humaine – et un intérêt pour le mot écrit qui confirment la vocation d’écrivaine d’A.Kozameh. Comme on l’a dit, l’auteur a écrit dès son plus jeune âge, et elle le confirme dans ses cahiers, lorsque, évoquant cette période de sa vie, elle dit qu’elle avait « un cahier dans lequel elle déversait sous forme de poésie tout ce qu’elle ressentait et espérait […] Ma frondaison imaginative m’enthousiasmait […] En écrivant je prenais du plaisir […] et je prenais du plaisir en dessinant ».
Dans les cahiers A.Kozameh brosse les situations qui ont constitué les axes de sa production fictionnelle ultérieure . Cependant, ce qu’elle y décrit est réel, n’est pas encore passé par le processus de fictionnalisation qui pour elle, comme elle le déclare dans une interview, est aussi un processus d’élaboration de la terrible expérience de la prison . Il en résulte, donc, que ces cahiers sont sa seule œuvre de témoignage à proprement parler, puisque rien n’a été ici modifié par l’imagination. Ils représentent le début de la réflexion depuis l’enfermement, thème qu’elle poursuit après sa sortie de prison. Ils constituent le moment d’inflexion, car à partir d’eux il n’y a pas de retour en arrière en ce qui concerne les thématiques, de même que, depuis l’emprisonnement il n’y a pas de retour en arrière en tant que personne.
Et l’auteure semblait avoir conscience de l’importance, quant au futur des pages qu’elle écrivait déjà à ce moment-là, comme le montrent les questions qu’elle se pose : « 7-7-77 Dans 10 ans, tiendrai-je ce cahier dans mes mains ? […] Où serai-je, avec qui vivrai-je. [.…] que penserai-je, que serai-je, que serons-nous tous ? Que sera le monde ? Aurai-je assez écrit pour me sentir satisfaite ». Des mots, ces derniers, qui montrent, une fois encore, qu’Alicia Kozameh savait que sa vie future serait liée à l’écriture.
Une fois le bref survol des cahiers achevé, passons maintenant à d’autres aspects significatifs, afin de pouvoir approfondir aussi la relation que l’auteur établit entre sa vie et sa littérature.

Désir et besoin d’écrire

Durant sa détention, A.Kozameh méditait souvent au sujet de la signification des cahiers en tant que lieu où elle transcrivait ou conservait le plus important pour elle. Cela reste patent dans le passage suivant : « 1.1.78. Je laisse passer trop de temps sans écrire la date du jour où je vis. Je crois que se produit le phénomène logique : je m’appuie sur la correspondance. J’écris des lettres, mais j’écris. Aujourd’hui l’intention première ne fut pas celle-la, celle d’écrire. Ce fut celle de conserver dans mon cahier ce qui m’est le plus cher. Cette petite cravate. » Les cahiers représentent son univers personnel, peut-être un recoin privé dans l’espace étroit de la cellule. Ultérieurement, A.Kozameh transformera la situation vécue en fiction littéraire ; cependant, ici, l’expérience personnelle est l’expérience littéraire. Sur la première page du premier cahier (Fig.1) elle dit qu’elle se trouvait « en franche symbiose avec une feuille de papier et une trousse. Franche et absolue et merveilleuse symbiose » : elle est écrire .
Les cahiers rendent compte de l’évolution de l’auteure argentine dans son processus d’assimilation de la période de réclusion. Alicia Kozameh ne mentionne pas directement la situation politique, celle-ci constitue plutôt l’arrière-plan de son écriture. Les textes illustent son parcours psychologique et ses premières réflexions sur la condition de prisonnière politique : ils nous montrent que A.Kozameh conçoit l’art comme une forme de survie : elle se préservait dans l’écriture, son esprit se sauvait dans ses pages, tandis qu’elle commençait à créer une partie de sa mémoire personnelle et de la mémoire nationale. À propos de ce dernier aspect, il faut dire qu’une grande partie de ce que l’on sait maintenant concernant les événements de la dictature est du aux écrits des prisonnières politiques. Un grand nombre de ces témoignages est sorti des cellules grâce au fait que les femmes transformèrent littéralement leur corps en bibliothèque . Les textes écrits et sortis clandestinement furent la seule forme de communiquer avec l’extérieur et de faire connaître ce qui se produisait en prison . Les femmes écrivaient pour laisser un témoignage de leur existence et pour maintenir une intégrité mentale dans des situations limite.
Le lecteur de ces documents assiste au développement du concept de nous, pronom qui illustre le sentiment d’unité dans le collectif féminin de toutes et de chacune des femmes prisonnières politiques. A.Kozameh percevait déjà que, dès lors, ses compagnes de captivité et elle-même seraient toujours unies par la terrible et inoubliable expérience vécue et partagée durant ces années.
Les cahiers affirment la valeur de l’écriture et de la culture à l’époque de ce que l’on a appelé la « guerre sale ». Elles se transforment en deux armes contre le pouvoir, contre la violence du régime et contre l’oubli. Alicia Kozameh déjà à cette époque en avait conscience ; d’où sa recherche de précision qui transparaît dans la le fait de numéroter et de dater chaque fragment qu’elle écrivait.
Nous lisons dans le deuxième cahier « ma faiblesse est l’écriture » . Et l’on peut immédiatement imaginer la souffrance et le sentiment d’anéantissement dus à la privation de la possibilité d’écrire. On n’a pas seulement ôter la liberté à A.Kozameh, mais encore l’occasion de re-élaborer ce qui arrivait,car, comme elle l’expose : « Parmi les mots écrits je peux m’accrocher à la réalité ». Et sur une autre page elle dit aussi :

la machine à écrire arrachée de si profond me fait mal. Je meurs, je me meurs peu à peu, corps déraciné, chair déchirée et détruite. Cerveau luttant pour continuer avec une latence presque inerte. Neurones apathiques, malheureux, indifférents. Pluie de rien. Rien perceptible. Rien vivant. […] Je voudrais être une aile pour être corps volatile, partie d’un oiseau […] tué par un chat enragé. Aile, seulement aile, seulement souvenir parti »

Disposition générale des cahiers

Il est par ailleurs possible de détecter trois noyaux dans les cahiers : l’entrée en prison, la phase de réflexion et celle de l’au revoir.
1. Dans le premier noyau le contraste entre les espaces dedans/ dehors est encore très fort. A.Kozameh n’évoque jamais un fait ponctuel qui aurait pu causer sa détention ; une seule fois elle dit « des circonstances adverses nous transforment en prisonniers de l’État ». L’écriture de l’auteur n’est pas une écriture politique, c’est une écriture « humaine », de la solidarité, du nous, et de témoignage. Évidemment tout l’engagement et le risque qu’assumèrent les prisonnières politiques pour que les nouvelles sortent de la prison ont une forte connotation politique, mais Alicia Kozameh dans ses pages ne fait pas de référence directe aux faits historiques .
2. Le deuxième noyau et plus introspectif. A.Kozameh assume les faits concrets et sa condition de prisonnière ; elle s’interroge par ailleurs sur son avenir. Elle se demande comment sera la réintégration dans le tissu social après sa libération : « Nous revendrons un jour au carnaval silencieux de la vie […] mais nous ne serons pas heureux ». C’est là qu’elle souligne le plus le pouvoir de la littérature et la fonction de l’écriture : « revenir au cahier signifie revenir à la vie », une vie conçue désormais depuis la réclusion, comme il transparaît dans les considérations suivantes : « l’expérience de l’impuissance est extrêmement douloureuse. Je ne dépends que de Vous. […] Tout autre enfer est préférable à cet enfer. je crois que je l’ai assez parcouru maintenant ». et elle poursuit : « la douleur est beaucoup plus trop profonde que ce que quiconque pourrait supposer ». Elle reconnaît qu’elle et triste parce qu’elle a besoin de la liberté : « Plus que jamais la nature me manque, ma machine à écrire […], j’ai la nostalgie, je regrette, je désire avec force ce que je n’ai pas et ai eu ».
C’est dans cette partie que devient plus clair le changement d’attitude de l’écrivaine : elle veut que soit connue la réalité de la prison, et elle encourage des proches à poursuivre l’objectif d’obtenir le changement de l’extérieur, elle leur demande d’être forts. L’angoisse se fait plus pesante, la longue durée de l’enfermement commence à se faire sentir. Ce sont les pages où l’on perçoit avec la plus grande netteté la fonction apaisante des « lettres » écrites pour les anniversaires et à l’occasion des départs, que nous déjà mentionnées.
3. Ce sont précisément les « lettres » qui constituent le troisième noyau. C’est là que se trouve la lettre où l’auteure indique qu’elle a signé la liberté surveillée (Fig. 8). Peu après commencent les « lettres » d’au revoir à elle-même et à ses compagnes. ce sont des messages que, dit-elle, « j’écris ici – comme quiconque écrit quelque chose – pour ne pas partir tout à fait. J’écris pour que celui qui reçoit sente que dans bien des choses je souhaite rester. Demeurer présente, demeurer vivante en tout » . À la page suivante elle parle du « terrible déchirement affectif » qui est aussi dû à la peur d’oublier ou d’affaiblir les relations humaines qui se sont créées là. Dans ces textes on perçoit aussi un sentiment de culpabilité d’A.Kozameh d’être celle qui sort, et l’on insiste à nouveau sur la force des liens qui se sont développés à l’intérieur : « La liberté m’apparaît forcée […] dans un Devoto où tout n’a pas été hostile », dit l’auteur. En effet, c’est la force de l ‘ensemble qui a permis à ces femmes de survivre, en évitant qu’elles ne s’enferment dans leur douleur. C’est pourquoi elles ressentaient une forte angoisse à l’idée de devoir affronter la réalité extérieure sans l’appui du groupe.

Enfin, il faut souligner que, dans une autre perspective, dans les cahiers on peut entrevoir trois domaines de réflexion : le monde extérieur, le monde de la prison et son monde intérieur . De l’existence de ces différents horizons de référence justement surgissent les oppositions dans la manière dont les prisonnières entrent en relation avec les autres et avec la réalité en général : une sorte de fracture se crée entre « l’univers des ex-prisonniers politiques » et « le monde des autres ». Opposition que l’on retrouve ensuite dans la littérature de la post dictature , dont les protagonistes vivent leur vie comme s’ils en étaient spectateurs.
Et pour conclure ces pages laissons quelques mots d’Alicia Kozameh elle-même nous ouvrir la voie vers de nouvelles considérations à venir. L’écrivaine dit : « Je me mords les lèvres parce que je suis dans l’impossibilité de m’envoler. Mais quand je pourrai prendre mon envol, comme je survolerai l’asphalte et les chemins de gravier, et comme je disparaîtrai confuse, dans la forêt magique de la solitude, sur la ligne à patir de laquelle tout sera resté tellement en arrière ! ». Ensuite elle imagine voler , libre, dans ce ciel qu’elles ne voyaient qu’à travers des fenêtres inatteignables : « Voler, pour être et ne pas être, voler pour se transformer en écho, en air ». Voler pour revenir à la liberté, pour transformer la dure expérience de la prison en littérature et réussir ainsi à répandre un message pour que ce qui est arrivé et ne devait pas arriver ne recommence pas.

Bibliographie

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