MARÍA MALUSARDI
LES POSSIBILITÉS DU DIRE

Poétesse, écrivaine, professeur, journaliste, Maria Malusardi naît à Buenos Aires en 1966. En dehors de cette information, très peu ou pas d’éléments strictement biographiques accessibles. Elle ne se fait connaître que par la liste de ses publications, qu’il s’agisse des livres qui constituent son œuvre poétique, de ses contes ou des nombreux articles à caractère culturel qu’elle a pu publier dans divers suppléments culturels de quotidiens ou de revues plus spécialisées en Argentine depuis 1991, comme Clarin, el Debate, Nueva, El Arca.
Ou encore, par son activité de professeur, dans le cadre d’ateliers d’écriture.
Ce qui, au final, donne à comprendre que Maria Malusardi ne nous sera, peut-être, dévoilée qu’à la lecture de ses œuvres.

María Malusardi est une écrivaine discrète néanmoins très active. Essentiellement poétesse, elle est l’auteur de nombreux recueils, distingués lors de différents concours.

Sa poésie, exercice de mémoire, investigations sur les thèmes de l’amour, de la filiation, de la mort, se caractérise par une recherche poussée en matière de langue : abandon des signes de ponctuation pour permettre au lecteur de construire de manière démultipliée les périodes et les phrases, de procéder aussi aux césures. Lire ou dire, s’accompagne alors nécessairement d’une appropriation individuelle du texte, d’une re-construction indispensable du sens, des possibilités de sens.

Si on allie à ces particularités d’écriture une thématique qui ancre souvent le recueil dans l’histoire universelle, à partir d’événements traumatiques collectifs connus, l’on perçoit alors comment Maria Malusardi parvient aussi à inscrire toute histoire individuelle dans un processus plus large, la persécution datée, venant se superposer à toutes les persécutions humaines, par exemple.

De là une expérience particulière, envoûtante.

Écrire et se souvenir

Travaillant sur la musicalité, l’image, l’ellipse, l’implicite, l’écho, le flux de la pensée et des émotions, ce qui caractérise visuellement la poésie de María Malusardi, c’est l’absence de ponctuation et les espaces blancs qui ponctuent ses recueils.
Blancs du silence, propice à l’émergence du verbe, à la méditation, au souvenir.
Absence de ponctuation qui laisse émerger la voix et la laisse s’éteindre dans un continuum dont on ne sait où il commence et se termine.

Dans ce travail du texte, Maria Malusardi se rapproche d’autres grandes voix poétiques argentines contemporaines, telle celle de Juan Gelman, et de voix plus proches de nous comme celle de René Char, poètes qu’elle aime à évoquer.

Par ses thématiques, l’amour, la mort, la destruction et la disparition, l’on sent bien à quel point elle rejoint des événements traumatiques de l’histoire européenne et latino-américaine du XXe siècle.
Par ses explorations du souvenir, c’est aussi au monde de l’enfance qu’elle nous renvoie.

Lire ou entendre les poèmes de Maria Malusardi suppose de se laisser emporter par ce flux, d’admettre une construction polymorphe du sens, prix de l’émerveillement.