LA PEAU MÊME EN OFFRANDE
ALICIA KOZAMEH / ARGENTINE

L’Argentine des années de dictature et son après.
Huit récits empreints de poésie fictionnalisant l’emprisonnement.
Un nécessaire travail de mémoire tout autant qu’un singulier travail de l’écriture.
Juste impressionnant.

Titre. La peau même en offrande
Auteur. Alicia Kozameh
Pays. Argentine
Traduction. Anne-Claire Huby
Genre. Récits
Édition papier et numérique

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14 € / 128 pages / 15 x 21 cm
ISBN 978-2-9544723-0-0
Mai 2013

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LE TEXTE

Huit récits, dont certains ont connu une publication séparée dans des revues ou sur la toile, pour un recueil ordonné en deux parties : « Consécrations » et « Prisons complémentaires », précédés d’une sorte de prologue, « Accumulation ».
Deux temps, celui de l’emprisonnement sous la dictature dans les années 70 et son après ; celui de l’enfermement aussi dans une histoire individuelle. Sachant que l’un ne va pas sans l’autre et que nous ne sommes que le résultat d’une accumulation. Récits de témoignage en un sens, toujours amenés par une dédicace, mais dont l’écriture suppose une réélaboration qui ancre les textes, sans pour autant les enfermer, dans une réalité identifiable.
« Esquisse des hauteurs » (1992) ouvre la première partie. Là, se trouvent mises en scène les trente femmes qui partagent une cellule dans le sous-sol d’une Préfecture de Police et parviennent à échapper à leur enfermement par le jeu, le partage, le rire.
« La rencontre. Oiseaux » (1994) rassemble, après leur libération, vingt-sept des prisonnières du pavillon 31 de Villa Devoto afin de préparer la rencontre qui marquera la réunion des trente femmes qui partagèrent la même cellule et sont toujours, bien que théoriquement libres, sous surveillance et menacées.

Dans « Deux jours dans la relation de ma belle-sœur Inès avec ce monde péremptoire » (1994-1995) deux personnages, dont l’un s’exprime (en italique dans le texte) et l’autre demeure muet explorent le pourquoi vivre et ne pas rester enfermé dans le chagrin provoqué par la disparition violente d’un époux. La nécessité de dire pour vivre, d’écrire pour comprendre et s’approprier une expérience que l’on n’a pas voulue.
Par l’image du vent tournoyant, de l’entonnoir qui engloutit les ombres, les gens, « Vents à rotation perpendiculaire » (1999) vient réaffirmer la volonté de comprendre une situation, une période qui reste humainement incompréhensible.
« Dernier message » (2003-2004) se présente comme une lettre écrite par Sara depuis le sous-sol de la Préfecture de police de Rosario, le 25 mars 1976. Adressée à « Ma Biquette », elle évoque la fin prochaine de toute possibilité de communication des détenues avec l’extérieur tout en réitérant les raisons qui incitent à rester debout, à l’extérieur comme en prison, la liberté mentale n’étant pas tributaire de contingences matérielles.
Après cette première boucle portant sur l’expérience carcérale et ses prolongements, le recueil explore, au long de trois récits, des « Prisons complémentaires ».
« Mungos mungo » (2002) offre une réflexion sur le dehors et le dedans, l’agitation extérieure, le bruit, la musique confrontée aux tourbillons de l’âme d’une voix seule, enfermée dans une pièce, accompagnée d’un simple bol de pop-corn.
Quant à « Alcira en jaunes » (1995), il évoque le parcours d’Alcira (personnage principal de Patas de avestruz aussi) de l’âge de 5 ans jusqu’à ses 23 ans, en prison. Comment échapper à ses propres origines, en l’espèce comment s’accommoder d’un père violent et intolérant et d’une mère juive effacée quand on croit à ce point en la liberté et au pouvoir des mots ? D’une forme de prison individuelle, familiale, à l’enfermement pour raisons politiques, une forme de continuité s’instaure.
Avec « La forme » (1994), le recueil revient sur l’évocation de toutes ces choses qui nous poursuivent, nous hantent, nous interpellent, sur l’impossibilité qu’il y a à se défaire de ce que l’on est et à l’impérieuse nécessité qu’il y a à l’exprimer pour chercher encore et toujours à comprendre.
Les textes réunis dans cette offrande, écrits sur une période de plus de dix ans, au-delà de la matière dont ils traitent, du travail de mémoire qui le sous-tend, constituent aussi un très remarquable travail sur les mots, la phrase, sa construction et son rythme.

L’AUTEURE

Argentine, née à Rosario en 1953, emprisonnée par la dictature militaire de 1975 à 1978, ALICIA KOZAMEH s’exile à Mexico puis en Californie en 1980. De retour en Argentine en 1984, la publication de Pasos bajo el agua [Des pas sous l’eau] (1987), fictionnalisation de son expérience carcérale, provoque de nouvelles menaces à l’encontre de sa fille et d’elle-même. Elle s’exile définitivement en Californie en 1988.
Alicia Kozameh réside actuellement à Los Angeles où elle donne des cours d’écriture créative à l’Université Chapman.
Son œuvre est traduite en allemand, en anglais et en italien.