ALBERTO BARRERA TYSZKA
DIRE DÉLICATEMENT LA VIOLENCE

Alberto Barrera Tyszka, écrivain vénézuélien, construit depuis une vingtaine d’années une œuvre narrative qui explore les relations humaines et la part de violence qu’elles comportent et induisent dans le monde qui est le nôtre, et en particulier au Venezuela.
Qu’il s’agisse de la violence exercée par la maladie sur le corps, de la difficulté voire de l’impossibilité à communiquer et du silence ravageur qui s’en suit, qu’il s’agisse de relations intimes et familiales ou de l’univers social qui nous contraint aussi.
Tout se passe comme si chaque nouveau texte venait, à sa manière, ajouter un angle d’approche inédit, une exploration renouvelée.

Mais Alberto Barrera Tyszka, s’il s’inscrit bien ainsi dans une thématique largement partagée par les lettres latino-américaines (que l’on songe à la multiplication des œuvres mettant en scène les violences politiques, celles liées au trafic de drogue, ou tout simplement à la dureté de l’environnement naturel) possède une manière très singulière de l’écrire : aucun dramatisme, tout est dans l’adjectif choisi, comme il se plaît à le souligner lui-même, dans le regard quelque peu distancié qui sait être juste, tendre et grave mais aussi drôle.
Lorsqu’il écrit de la fiction, tout se passe comme si le journaliste et le scénariste parvenaient à se confondre pour créer une voix autre.

Et c’est sans aucun doute ce qui permet à ces textes de nous toucher aussi profondément, de résonner en nous bien après la lecture achevée.

Alberto Barrera Tyszka est né à Caracas en 1960.
Après avoir effectué des études de Lettres, il est aujourd’hui professeur à l’Université Centrale du Venezuela. Écrivain, scénariste reconnu de séries télévisées et journaliste, il a publié aussi bien des poèmes, récits et romans que des articles pour des journaux comme El Nacional (l’un des plus importants quotidiens vénézuelien) et le Noticiero digital (presse numérique), Letras Libres (revue de critique et de création publiée au Mexique et en Espagne), ou El País (quotidien espagnol de référence). Il est également l’auteur d’une biographie sur Hugo Chavez en collaboration avec la journaliste Cristina Marcano.
La Maladie, son premier roman traduit en français a obtenu en 2006 le prestigieux prix Heralde, décerné en Espagne par les éditions Anagrama.

Journalisme/ scénario/ littérature

Alberto barrera Tyszka conjugue les regards du journaliste, du scénariste et du romancier, en témoignent les références proposées.

Dans sa chronique « Les nouveaux crimes », c’est à la violence d’État lorsqu’elle attente à la liberté de circulation des opinions qu’il s’en prend.
« Écrire pour la télévision n’est jamais simple : le scénario original n’apparaît jamais à l’écran », parcourt le lien entre l’écriture du roman feuilleton et une autre pratique de la littérature.

Violence/violences/mots

Le Venezuela, et tout particulièrement sa capitale Caracas, est un pays réputé violent. L’insécurité qui y règne, facteur d’angoisse et de défiance, alimente suspicions et mesures coercitives, déteint sur une société tout entière.
Il est donc naturel, en quelque sorte, que la violence s’impose comme thème littéraire.
L’originalité d’Alberto Barrera Tyszka réside sans doute dans le fait d’explorer cette violence sous des angles variés, voire inattendus.
La maladie, tout comme le silence et l’incompréhension qui s’installent au sein du couple ou de la famille, la privation de parole, par exemple, sont autant de violences qui pour relever davantage de l’intime n’en sont pas moins redoutables dans leurs effets que les violences plus souvent étalées en gros titres. Crimes pluriels à leur manière, dont le châtiment ne relève pas forcément d’un arsenal juridique non plus.