Pattes d'autruche

Alicia Kozameh | Argentine

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Titre . Pattes d'autruche

Auteur . Alicia Kozameh

Pays . Argentine

Traductrice . Anne-Claire Huby

Genre . Roman

Édition . Papier et électronique


14 € / 262 pages / 15 x 21 cm

ISBN . 979-10-92948-17-2

Mars 2016


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DOCUMENTS COMPLÉMENTAIRES :

Échappée :
"Alicia Kozameh. Une écriture consubstantielle à la sensation"

Sur Pattes d'autruche

Travail de mémoire sur les thèmes de la relation entre sœurs, le mal-être, la douleur qui frise la folie, dans un monde dominé par la violence sous toutes ses formes, au moyen du surgissement d’images et de sensations qui sont autant de scènes du passé revisitées à la lumière du présent.

Ce qui surprend, captive et séduit à la lecture de ce texte est bien son écriture : jouant sur la concomitance dans une même phrase du passé et du présent, au prix parfois de quelques contorsions syntaxiques, Alicia Kozameh parvient plus encore qu’à superposer les strates du temps et du souvenir, à les rendre contemporaines offrant par la même un travail de mémoire très singulier.

Résumé

Alcira, petite fille de quatre ans au début du récit, vit en famille avec sa sœur, Mariana de quatre ans son aînée, sous l’autorité d’un père gérant de banque qui n’hésite pas à « corriger » sa fille cadette et d’une mère au foyer qui ne parvient pas réellement à accepter le handicap de sa fille aînée. Car Mariana, l’éternelle « petite sœur » est atteinte de troubles neurologiques moteurs incurables à la suite d’une naissance rendue difficile par incurie.

Alcira raconte ou plus exactement fait émerger du passé les scènes ayant marqué la relation presque symbiotique qu’elles entretiennent au long des 13 années de leur vie commune, ponctuée de déménagements, jusqu’au décès de Mariana.

Sur 30 chapitres courts ou fragments, la voix de Alcira, celle de Mariana qui exprime tant bien que mal les nécessités du corps de manière exigeante et oppressante, celle de Jorge, un ami d’enfance, ou les voix des parents alternent pour tenter de dire, d’expulser, l’inacceptable, l’abus de pouvoir, la violence : violence faite à Mariana à sa naissance, violence familiale, violence ordinaire, celle du regard des autres, violence sociale enfin puisque la montée du péronisme sert de toile de fond au récit.

Mais pour montrer aussi comment, afin de contourner la douleur, échapper à une forme de folie et retrouver l’envie de rire, Alcira trouve refuge dans la compagnie d’un ami imaginaire, Toto, le dessin, puis l’écriture, au fur et à mesure que la fillette grandit et s’ouvre au monde et aux autres.

Sur Alicia Kozameh

Alicia Kozameh (Rosario, 1953), est actuellement professeur à l’Université Chapman de Los Angeles. Prisonnière politique de la dictature argentine de 1973 à 1976, son œuvre fictionnalise l’expérience carcérale et s’impose comme une exploration chaque fois renouvelée de la condition humaine dans une écriture très singulière.

Extrait de Pattes d'autruche

Chapitre 1

Je dois la voir, sûrement, là, ce doit être comme ça je dois la voir tordre son genou vers l’extérieur, assise sur le sol de dalles presque grises d’un patio avec des zones jaunes. Je dois la voir, cette chevelure épaisse et lisse, cette ombre. Maman, aim doit-elle dire, et je dois l’entendre ; l’entendre et l’écouter, et pas tout de suite mais bientôt me demander pourquoi la faim, une telle faim.

Je dois poser les yeux loin, et dans la tentative de me perdre, alors, écouter cette voix, maintenant oui l’écouter, lui prêter toute l’attention qu’elle réclame. Je dois poser les yeux sur quelque recoin sombre, assombri de mouvements secrets, anxieux, l’air dansant. Presque inaudible. Et je dis : pourquoi cette faim. Je dois entendre ses lettres absentes, son maman, aim, je dois me demander pourquoi il ne se met pas à pleuvoir fort et dense pour que ce paysage change, là, aujourd’hui.

Je dois voir son bras rigide se tendre dans l’espace en essayant de montrer un objet tentant, je veux, un je veux rouge ou jaune qui pend à un clou ou qui pointe entre deux cubes en bois posés dans le panier d’osier peint en bleu. Et je dois la voir, je dois me demander à quoi répond cette plainte finale : à ma lenteur, au temps que je mets à lui donner ce qu’elle réclame, ou à une bulle d’air perdue dans son morceau de poumon qui lutte, se débat pour sortir, et qui dans l’effort parvient à s’infiltrer dans la gorge et à solliciter les cordes vocales.

Et je dois m’angoisser un peu sans très bien savoir pourquoi, en percevant dans l’air stagnant de ce patio, que sa chevelure lisse est ma chevelure bouclée et que ma chevelure bouclée est sa chevelure lisse, tous ces cheveux aussi inutiles que ses genoux ou ses ongles. Parce qu’elle ne marche pas et ne griffe pas. Et parce que nos cheveux, ne faisant qu’un, sont presque inexistants. Je dois me dire et ne pas, peut-être pas alors, mais maintenant je me le dis, que d’avoir été expulsées des mêmes hanches nous rend identiques, nous rend la même, et que si ses cheveux sont inutiles, les miens le sont aussi. Je dois le penser maintenant et le ressentir avant et maintenant, quand à quatre ans, je la regardais, je la regarde, lui parlant toujours.

Je dois me mettre à marcher assez lentement dans l’intention de lui donner le je veux rouge qui est, certainement, celui qu’elle me réclame. À pas lents, sachant intuitivement que, moins décidé sera mon pas, plus elle enregistre les couleurs et les formes qui m’entourent, plus pour plus tard, plus et plus pour l’avenir.

Je dois, très certainement, poser un pied sur l’un des barreaux d’un banc de bois peint en vert clair ou bleu ciel, l’autre pied sur le fauteuil, tendre la main, tirer sur le je veux rouge, en supposant : clou branlant, qu’il ne tombe pas, doucement, papa, qu’il ne voie pas le clou par terre, mieux vaut soulever le sac – le je veux est un sac de toile cirée aux poignées rondes et à pois blanc – et le libérer sans à coup, papa voyant le clou : comment ce clou est-il tombé du mur, répondez, qui l’a tripoté, et les murs qui tombent, enterrant le clou, m’enterrant. Moi et Mariana. Moi, à qui l’on réclame un sac de toile cirée rouge, à pois, logeable, qui sert aussi à jouer ; et Mariana, la quémandeuse toujours.

(...)

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