Le voyage de retour
& autres contes choisis

Jorge Eduardo Benavides | Pérou

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Titre . Le voyage de retour & autres contes choisis

Auteur . Jorge Eduardo Benavides

Pays . Pérou

Traducteur . Nicole Rochaix-Salmona

Genre . Nouvelles

Édition . Papier et électronique


5 € / 102 pages / 8.5 x 12.5 cm

ISBN . 979-10-92948-32-5

Avril 2017

Sur Le voyage de retour

« Le voyage de retour », « La nuit de Morgana », « L’Ulysses de Joyce », « Éloignés », les quatre nouvelles proposées dans ce recueil partagent des personnages de anti-héros confrontés au désenchantement, à la solitude, à une forme d’abandon, à l’ironie du monde et à ses humiliations ordinaires, attrapés dans l’univers fortement marqué par les préoccupations sociales et politiques de leur auteur.

Oscillant entre une très grande brièveté et un récit plus développé, ces textes se caractérisent par un travail du dialogue qui confère à leur écriture un rythme singulier.

Sur Jorge Eduardo Benavides

Jorge Eduardo Benavides (1964, Arequipa, Pérou) après avoir travaillé comme journaliste culturel notamment pour la radio, anime aujourd’hui des ateliers d’écriture créative à Madrid. Auteur de nombreux romans et recueils de contes et nouvelles, son œuvre a été plusieurs fois récompensée.

Extrait de Le voyage de retour

ÉLOIGNÉS

"Raúl adore la neige, une chose blanche et délicieuse dont on pourrait faire des sorbets au citron et des glaces si on pouvait toujours en manger. Malheureusement, Raúl n’a jamais vu la neige en vrai, même si cela lui plairait beaucoup, surtout à cette époque de l’année où elle tombe sur l’Europe et sur certaines régions d’Espagne. En hiver les gens portent un manteau parce qu’il fait très froid, vraiment très très froid, en tout cas plus qu’à Lima, une ville grise et triste, particulièrement depuis que la maman de Raúl est partie en Espagne pour travailler et leur envoyer de l’argent à lui et à son père, qui travaillait dans le bâtiment, bien que ces derniers temps il reste à la maison, étendu sur le lit à fixer le plafond et sans rien bâtir du tout. Raúl aussi travaille : il vend des chewing-gums et des cigarettes dans les minibus, qui sont comme des autobus mais en plus petit, et bien que les chauffeurs se fâchent parfois parce qu’ils disent qu’il casse les pieds aux voyageurs, lui se débrouille toujours pour monter et vendre quelque chose, jamais beaucoup, mais assez pour avaler un sandwich et un jus de fruits. Parfois il a de la chance et il peut acheter quelque chose à manger pour son lama, parce qu’au Pérou les lamas abondent ; un animal un peu bizarre, mi-cheval, mi-chameau. Comme chacun le sait, les Péruviens descendent des Incas, un grand peuple conquis par les Espagnols il y a bien longtemps. Bien avant la mort de Franco, un monsieur qui passait son temps à inaugurer des barrages.

Raúl ne travaille pas tellement parce qu’il va à l’école le matin et ensuite il doit faire ses devoirs, comme il l’a promis à sa mère le jour où elle est partie en Espagne et où elle l’a supplié, surtout, de beaucoup étudier et de ne pas devenir un phainéant comme son père. Le père de Raúl, en entendant ça, a piqué une sacrée colère, mais c’était au moment où l’avion allait décoller et ils se sont tous embrassés et ils ont pleuré un peu, surtout la mère. Si bien que les jours où Raúl ne veut pas étudier ou préfère rester dans la rue à vendre des cigarettes et des chewing-gums, tout d’un coup il repense à sa mère et alors il se donnerait des gifles parce qu’il est un phainéant, et il file chez lui faire ses devoirs. Raúl écrit dans de vieux cahiers que lui a donnés la maîtresse. La maîtresse aussi veut partir en Espagne, et Raúl éprouve quelque chose qui ressemble à du chagrin lorsque la maîtresse parle de ce pays, parce qu’on dirait toujours qu’elle est sur le point de s’en aller, ce que font de nombreuses personnes à l’heure actuelle."

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