Idéogrammes

Juan Carlos Méndez Guédez | Venezuela

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Titre . Idéogrammes

Auteur . Juan Carlos Méndez Guédez

Pays . Venezuela

Traducteur . Nicole Rochaix-Salmona

Genre . Roman

Édition . Papier et électronique


10 € / 116 pages / 14 x 23 cm

ISBN . 979-10-92948-18-9

Février 2016


Du même auteur :
Mambo canaille


Échappée :
"Juan Carlos Méndez Guédez. Une œuvre entre deux rives"

Sur Idéogrammes

Douze contes ou récits, audacieux dans leur diversité formelle et leur prose flexible, unis par la cicatrice douloureuse ou tendre laissée sur l’âme, le corps, la peau, par les chaos et aléas de l’existence.

Odeurs, toucher, mains, pieds, sensations émerveillées ou douloureuses, reviennent dans ces textes comme des motifs d’une perception fragmentée de la réalité que le récit conjugue.

Sur Juan Carlos Méndez Guédez

Juan Carlos Méndez Guédez (Barquisimeto, 1967) réside actuellement à Madrid, ville qu’il a choisi d’habiter après avoir quitté son Venezuela natal pour effectuer un doctorat en Littérature hispano-américaine à l’université de Salamanque.

Son œuvre d’écrivain des deux continents, primée à plusieurs reprises, compte aujourd’hui plus d’une quinzaine de romans, livres de contes et de nouvelles qui abordent les thèmes du déracinement, de l’éloignement, de l’absence ou de l’amour dans une prose imprégnée de lectures péninsulaires et hispano-américaines.

Extrait d'Idéogrammes

La neige sur Madrid

À Nicolás Melini

Il enfouit son visage dans la serviette grise que son épouse avait placée près du lavabo. Il mit plusieurs secondes à se rendre compte qu’il pleurait en silence. Il s’abandonna à cette sensation. Elle lui plut. C’était comme plonger au fond d’un fleuve, comme se mouvoir dans une douceur de bulles et de boue. Il pensa à une algue ; il pensa au mouvement ondoyant d’une algue.

En sortant de la salle de bains Rubén prépara le petit déjeuner. Ils mangèrent tous sans s’asseoir à table et il mit une cravate couleur olive. Il refit le noeud quatre fois. Il s’efforça de paraître élégant mais se retrouva à chaque fois devant un paquet informe, une grenouille écrasée.

Son épouse acheva d’habiller la petite. Puis elle murmura qu’elle les attendait au parking en faisant tourner le moteur. Rubén continua à se battre avec la cravate puis la rangea finalement dans l’armoire. Comme ils s’apprêtaient à descendre, le téléphone fixe sonna. Manuela l’informa qu’elle avait préparé des hayacas, que lors qu’il passerait au magasin elle lui en offrirait une. Il se sentit euphorique et en fit part à sa fille.

Venant de la télé, une voix rugueuse annonça d’innombrables embouteillages qui paralysaient la ville. Lui pensa à la hayaca. Il s’imagina en train de mordre cette pâte dorée alors que l’odeur des feuilles de bananier fumantes s’élevait soudain jusqu’à son visage. Dommage qu’il faille partager avec son épouse. Elle ne les aimait pas mais il lui en offrirait par politesse ; elle en mangerait une ou deux bouchées. Puis ils regarderaient droit devant eux, en silence.

Lorsqu’ils sortirent de l’immeuble la fillette éclata d’un rire heureux. Les rues brillaient, étincelantes, sous la couche de neige inattendue. Il demeura comme paralysé, regardant tomber les flocons : il pensa que l’air glissait au ralenti, que le monde entier semblait nager dans une mer gélatineuse. Il se demanda si les gens qui avaient grandi avec la neige éprouvaient cette sensation d’un temps qui s’écoule goutte à goutte. Puis il pensa à ses tantes : Rogelia ; Antonia ; Estrella. Il pensa longuement à sa tante Estrella. Il avait l’habitude de lui écrire de très longues lettres quand il était venu s’installer en Espagne, pour lui raconter tous les détails surprenants qu’il découvrait. Puis Estella avait vieilli. Elle était devenue aveugle. Il s’était borné à l’appeler quelques brèves minutes en fin de mois.

La neige flotta sur les rues.

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