Fac-simile

Alejandro Zambra | Chili

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Titre . Fac-similé

Auteur . Alejandro Zambra

Pays . Chili

Traductrice . Magali Homps

Genre . Roman

Édition . Papier


10 € / 140 pages / 15 x 21 cm

ISBN . 979-10- 92948-29-5

Novembre 2016


Du même auteur :
Vider les lieux

Sur Fac-similé

Reprenant la structure de l’épreuve du questionnaire à choix multiples en 90 items, proposé au Chili entre 1967 et 2002 aux jeunes gens désireux d’entrer à l’Université, Alejandro Zambra construit un roman tout à la fois étrange, novateur et fascinant.

On y retrouve les thèmes chers à l’auteur : la difficulté des relations humaines, qu’elles soient filiales ou amoureuses, qui laissent une large place au mensonge, à la défiance et à l’infamie ; l’enfance sous la dictature et l’héritage de secrets porté à l’âge adulte ; la place de la mémoire et des formes d’éducation qui s’assimilent davantage à du formatage qu’à l’apprentissage de la réflexion dans la société contemporaine, chilienne et peut-être d’ailleurs.

Mais en s’éloignant délibérément de la forme traditionnelle du récit, en proposant des exercices qui s’apparentent à des questions éthiques, et en faisant du lecteur le co-auteur nécessaire du texte qu’il est en train de lire et de (re)constituer Alejandro Zambra signe un livre audacieux, délicat et bigrement efficace.

Sur Alejandro Zambra

Alejandro Zambra (Santiago du Chili, 1975) est poète et romancier.

Auteur de quatre romans et récits, tous traduits en français :
- La Vie privée des arbres (Éditions Payot & Rivages, 2009)
- Bonsaï (Éditions Payot & Rivages, 2011)
- Personnages secondaires (Éditions de l’Oliver, 2012)
- Mes documents (Éditions Payot & Rivages, 2015).

Aux Éditions Zinnia : Vider les lieux (poésie, 2015).

Extrait de Fac-similé

IV. ÉLIMINATION DE PHRASE

Dans les exercices 55 à 66, indiquez quelles phrases ou quels paragraphes de l'énoncé peuvent être éliminés car ils n'apportent aucune information ou n'ont aucune relation avec le texte.

64.

1. On me demande mon nom et je réponds : Manuel Contreras. On me demande si je suis Manuel Contreras. Je réponds oui. On me demande si je suis le fils de Manuel Contreras. Je réponds que je suis Manuel Contreras.

2. Un jour j'ai pris le bottin et j'ai arraché la page où figurait mon nom, notre nom. J'ai compté vingt-deux Manuel Contreras à Santiago. Je ne sais pas ce que je cherchais : le bonheur des uns..., peut-être. Mais ensuite j'ai mis la feuille dans le broyeur à papier. Avoir un prénom et un nom communs ne m'a jamais servi à rien.

3. Que ressent-on quand on est le fils de l'un des plus grands criminels de l'histoire du Chili ? Que ressent-on lorsque l'on pense que son père est condamné à plus de trois cents ans de prison ? Ressent-on la haine des familles que son père a détruites ?

4. Je ne peux répondre à ces questions que l'on me pose toujours. Avec colère, mais aussi avec une vraie curiosité. Je suppose que cela provoque la curiosité.

5. Moi aussi cela me rend curieux. Que ressent-on lorsque l'on n'est pas le fils de l'un des plus grands criminels de l'histoire du Chili ? Que ressent-on lorsque l'on pense que son père n'a assassiné personne, n'a torturé personne ?

6. Je dois dire que mon père est innocent. Je dois le dire. Je me dois de le dire. Je suis obligé de le dire. Mon père va me tuer si je ne dis pas qu'il est innocent. Nous les enfants d'assassins nous ne pouvons pas tuer le père.

7. J'ai décidé de ne pas avoir d'enfants. J'ai dû me consacrer à mon père. Il est malade. La dégradation de sa santé est publique, elle a été annoncée dans le journaux.

8. Quand mon père sera mort je pourrai avoir une vie et un fils. Il sera le fils de Manuel Contreras. Mais je ne l'appellerai pas Manuel. Je dirai à la mère de choisir un autre prénom. Je ne veux pas être le père de Manuel Contreras.

9. Ça a été suffisant d'être le fils de Manuel Contreras. Je ne veux pas être aussi le père de Manuel Contreras. Que se soit une petite fille, ce serait mieux.

10. Ce n'est pas moi qui parle. Quelqu'un parle pour moi. Quelqu'un imite ma voix. Mon père mourra bientôt. La personne qui imite ma voix le sait et ça lui est égal.

11. Peut-être que lorsque le livre que le fils de pute qui imite ma voix est en train d'écrire sortira, mon père sera mort. Et le gens croiront que dans ma voix imitée il y a une part de vérité. Même si ce n'est pas ma voix. Même si moi je ne dirais jamais ce que je dis maintenant. Même si personne n'a le droit de parler à ma place. De me tourner en ridicule. Comme il est facile de rire de moi. De m'accuser, d'avoir pitié de moi. Cela n'a pas de valeur littéraire.

12. Applaudissements pour l'écrivain, car il est talentueux.
Applaudissez-le comme il faut applaudir ces gens-là.
Applaudissez-le sur son visage, des deux mains, jusqu'à ce qu'il soit impossible de savoir d'où provient le sang.

13. À présent il dit que je donne des ordres, que je sais torturer. Que je suis un fils de tigre. À présent il dit que je dis de lui enfoncer un pieu dans l'anus.

14. À présent il dit que je n'ai pas le droit de défier mon destin. Je suis mort vivant. Que je dis ce que je ne dis pas. Que je suis même reconnaissant qu'il le dise à ma place. À présent il continue à chercher des mots pour me les tatouer sur la poitrine avec la plus grosse mèche de la perceuse.

A. Aucune

B. 9

C. 10, 11 et 12

D. 13 et 14

E. 14

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