Alicia Kozameh

Une écriture
consubstantielle
à la sensation

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Corps emprisonné, corps invalide, corps déformé, corps sensuel, rapport au monde qui est avant tout sensation, qu’elle soit visuelle, olfactive, auditive ou tactile, certes, toute l’écriture d’Alicia Kozameh, écrivaine argentine, émane et passe par le corps, en prose comme en poésie.

Et c’est là, sans aucun doute, ce qui en fait la singularité. Car pour rendre la multiplicité des sensations qui traversent les corps, successivement ou simultanément, il est besoin de malmener parfois un peu la syntaxe, notamment temporelle, afin de tenter de rompre la linéarité qu’impose l’écriture. Alors, de même que la perception de la lumière peut être odorante ou sonore, le présent est-il aussi bien passé que gonflé d’avenir, le je un nous. Par le kaléidoscope du corps, transitent nos expériences vécues. Et les histoires que raconte Alicia Kozameh, en prise sur sa propre vie, une vie personnelle aux premières années douloureuses, puis attrapée dans les tourbillons d’une histoire de l’Argentine des dernières décennies du XXe siècle sombre et trouble, trouvent leur plein impact et une résonance profonde chez le lecteur par les images, les sons, les atmosphères que les mots font immanquablement surgir.

Nourrie de sa propre expérience, l’œuvre d’Alicia Kozameh se construit peu à peu comme une exploration verbale qui est aussi un témoignage, une fictionnalisation qui permet de formuler et de se souvenir. Une formidable leçon de vie aussi, joyeuse et tendre, solidaire et si profondément humaine. Une œuvre littéraire rare.