Alberto Barrera Tyszka
Dire délicatement la violence

Échappée | Alberto Barrera Tyszka

"Au Venezuela il y a une totale liberté d’expression"


CHRONIQUE #3

Casa América Catalunya | Octobre 2010

Source


L’écrivain vénézuelien Alberto Barrera Tyszka a présenté à la Casa Catalunya, au cours d’un déjeuner littéraire introduit par l’éditeur Jorge Heralde, son livre de conte applaudi Crímenes, publié en Espagne par Anagrama. « Délibérément, je n’ai pas envisagé d’utiliser la réalité du  Venezuela d’aujourd’hui » a dit Barrera à propos des récits de Crímenes, où l’atmosphère permanente de violence a pour conséquence que les personnages sont confrontés au délit dans les endroits et les situations les plus improbables. « À Caracas, nous sommes très habitués à la violence quotidienne. C’est comme un cercle qui s’étrécit parce qu’il y a toujours plus de gens de ton entourage qui en sont affectés », a dit Barrera, un critique reconnu du gouvernement d’Hugo Chavez qui, cependant, a manifesté avec fermeté : « Au Venezuela il y a une totale liberté d’expression ».

Sur Crímenes et les fins ouvertes et énigmatiques de ses récits, Barrera Tyszka a signalé que son « illusion » en les écrivant était que « l’histoire rebondisse dans la tête du lecteur durant des jours parce qu’elle n’est pas fermée » et il a souligné que ce n’est pas un projet littéraire délibérément politique. « J’ai mis trois ans à écrire certains des contes de Crímenes », a dévoilé l’écrivain, qui a cependant admis son désir particulier que dans certains récits les lecteurs s’identifient avec « quelque chose de réel ». C’est le cas de « Balles perdues », où la disparition d’un manifestant met en évidence les profondes divisions politiques des membres de sa famille dans un reflet de la polarisation qui secoue le Venezuela. Du point de vue politique cette fois, Barrera Tyszka – chroniqueur hebdomadaire du journal vénézuelien El nacional, à la position très critique envers Hugo Chavez – a surpris en affirmant que « au Venezuela il y a une totale liberté d’expression ». « C’est une situation complexe parce qu’il y a des mécanismes qui encouragent l’auto-censure, mais je peux écrire sur ce que je veux », a-t-il souligné avant d’ajouter « Le Venezuela n’est pas une dictature traditionnelle, bien qu’il ait adopté des formes de « nouvelle tyrannie » avec des mécanismes de contrôle de la part du pouvoir. », a-t-il indiqué avec soulagement. La polarisation politique et la violence – « à Caracas on a enregistré 40 meurtres le week-end dernier », a-t-il précisé – sont les deux grands problèmes du Venezuela pour Barrera Tyszka. « Notre société est une société très armée avec beaucoup d’enlèvements express. Mais c’est une société biaisée et intoxiquée par la polarisation politique, qui empêche de voir avec transparence les problèmes du pays comme la corruption policière », a-t-il affirmé. « Au Venezuela, nous lisons beaucoup de livres de journalisme, d’histoire et d’humour, pour comprendre ce qui nous arrive et comme soupape d’échappement », a-t-il conclu.