Alberto Barrera Tyszka
Dire délicatement la violence

Échappée | Alberto Barrera Tyszka

"Alberto Barrera explore l’industrie du feuilleton latino-américain"


ARTICLE #1

Par Notimex

SDPnoticias.com | Février 2012

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L’auteur vénézuélien est venu présenter son livre, Rating.

Il y explore les limites morales dans le monde cru de la téléréalité.

Un contenu qui explore de l’intérieur l’industrie florissante du feuilleton latino-américain, c’est Rating, le dernier livre de l’écrivain vénézuélien Alberto Barrera Tyszka (1960).

Présenté hier soir à la librairie Rosario Castellanos du Fondo de Cultura Económica (FCE), ce roman fait fusionner la voix de Manuel Izquierdo, un scénariste désabusé, fatigué d’écrire des mélodrames pour la télévision et en pleine crise de la cinquantaine, avec celle de Pablo Manzanares, étudiant en littérature qui découvre le monde.

Le jeune homme entreprenant a obtenu, grâce aux relations de sa mère, un travail d’assistant du gérant d’une chaîne.

À partir du récit de ces deux personnages, dont les vies s’entrecroisent forcément, Barrera Tyszka construit une histoire unique dans laquelle il offre un regard critique sur le monde de la télévision et sa capacité à transformer la tragédie sociale d’un pays en rating, audimat.

Sur le mode de l’entretien, les modérateurs Julio Patán et Mariana H. ont conversé avec l’auteur, tout en qualifiant le travail de Barrera d’œuvre ironique, amusante et intelligente.

À ce propos, Patán a dit que le roman s’inscrit dans le contexte de la télévision, et centre l’histoire autour de trois personnages : un jeune homme poursuivant des études de Littérature qui obtient un travail à la télévision, un vétéran de ce milieu et un vieux producteur qui a connu des jours meilleurs.

Il a indiqué que ce trio se rassemble pour faire une espèce de reality show dont les protagonistes sont d’authentiques indigents.

Mariana H. s’est référée à Barrera comme à un auteur qui connaît très bien le langage des romans et a cité une série de phrases et de mots extraits de la publication.

Ce fut le cas de : « le rating est un Dieu pervers et implacable » ; « l’une des grandes tragédies de la télévision ce sont les idées » ; « à la télévision tout le monde ment de manière compulsive tout le temps » ; « si les personnages se battent ou tombent amoureux » et « le public ne les voit pas et à la télévision la médiocrité ne se mesure pas ».

Les modérateurs ont indiqué qu’il existe une autre lecture de ce roman, qui peut être formulée dans la question suivante : quelles sont les limites de l’ambigüité morale ?

Cette question, ont-ils ajouté, se pose sous deux aspects. D’un côté, dans la figure du jeune Pablo Manzanares, « et nous assisterons à son glissement de l’idéalisme négationniste de la télévision, au pur cynisme du média ».

De l’autre, ont-ils souligné, surgit la question : « jusqu’où sommes-nous capables d’aller pour obtenir, dans ce cas, un succès d’audience ?

De façon plus générale : que sont capables de faire les citoyens pour remporter du succès, pour dominer les règles du marché ? Que chacun apporte la réponse qu’il croit opportune.

Pour sa part, Barrera Tyszka a considéré que la télévision « est le milieu où nous sommes tous remplaçables et c’est le milieu qui invite à croire que l’on est le seul à être irremplaçable ».

Et c’est que pour l’auteur vénézuélien, l’audimat n’est jamais suffisant, « car ce qui a à voir avec le marché, avec le désir et la question de fond du roman est jusqu’où nous pouvons aller, quelle est la limite dans cette recherche de pouvoir ».

Il a indiqué que le roman porte sur les personnages cités, il y a même, a t-il dit, des archétypes littéraires, où tous sont contraints de cohabiter dans une entreprise qui a aussi une vie propre, dans une machine de fictions, comme l’est la télévision.

Produisant des romans depuis 20 ans, Barrera Tyszka a aussi écrit la biographie du dirigeant vénézuélien Hugo Chávez, et a remporté en 2006 le Prix Heralde du roman.

Jusqu’où la télévision est-elle prête à aller dans sa quête désespérée d’audience ? Cette question semble respirer dans toutes les pages de cette publication de plus de 200 pages éditée par Anagrama (Espagne) mais imprimée, commercialisée et diffusée au Venezuela par Editorial Alfa.