Alberto Barrera Tyszka
Dire délicatement la violence

Échappée | Alberto Barrera Tyszka

"Écrire pour la télévision n’est jamais simple : le scénario original n’apparaît jamais à l’écran"


ARTICLE #2

Par Alberto Barrera Tyszka

BC Guionistas | Décembre 2011

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La télévision n’est pas une boîte stupide par définition, même s’il est vrai qu’il manque une bonne télévision, remarque l’écrivain et scénariste vénézuelien Alberto Barrera Tyszka, Prix Heralde 2006, auteur du scénario pour la télévision «  Nada personal »  [Rien de personnel] et auteur de « Rating », son roman le plus récent.

Avec n’importe quelle histoire on peut faire une télévision intelligente, le problème c’est ce que veulent les chaînes de télévision, explique-t-il. « La boîte n’est pas stupide par définition, bien que oui il existe une télévision de mauvaise qualité, pauvre, sans imagination et qui ne provoque pas le téléspectateur », dit-il.

Selon lui, pendant longtemps il a été facile d’incriminer à la télévision tous les problèmes qui existaient. Mais aujourd’hui il existe la télévision par câble et cela augmente les possibilités de 5 à 360 canaux, ajouté à l’existence d’Internet, qui a démocratisé l’expérience.

« Si bien qu’il faudra voir si Internet est une boîte stupide. Peut être la boîte elle-même s’est-elle transformée. Bien que l’avantage, c’est que le pouvoir ce n’est plus la boîte qui le détient, mais les usagers. Cela redéfinit la télévision. », note-t-il.

Cependant, il reconnaît que les feuilletons télévisés, à une époque, furent responsables de l’éducation sentimentale de tout un continent. « Ils ont rempli un vide que l’éducation ou la famille n’a pas comblé. Et quand je dis cela, je rapporte que pendant longtemps le discours sur la sentimentalité et le féminin ont résidé dans le feuilleton ».

Il y avait des histoires d’amour, où les femmes apprenaient sur les valeurs : virginité, fidélité et chasteté. Il faudrait voir le nombre de fois ou apparaît le mot mariage contre le mot orgasme qui n’apparaît jamais, explicite.

Ces séries définissaient le modèle de la femme soumise qui attendaient toujours l’homme de leur vie et, la seule fois où elles se trouvaient avec lui, elle tombaient enceintes, et même si c’étaient des indiennes huicholas, elles étaient interprétées par des actrices blanches.

« Cela représentait tout un canon moral, qui se basait même sur une vérité questionnée : être heureux et être marié est la même chose ou que le destin de la femme est le mariage.

LITTÉRATURE. Cependant, l’auteur de También el corazón es un descuido [Le cœur aussi est un oubli] et Hugo Chávez sin uniforme. Una historia personal [Hugo Chávez sans uniforme. Une histoire personnelle], admet que plus que les scénarios de feuilletons, il préfère la littérature.

« Moi j’aime la littérature. J’aime écrire et j’écris des feuilletons pour survivre. La télévision n’est pas un genre littéraire, c’est un genre audiovisuel », reconnaît-il. Bien que les feuilletons aient une matière première littéraire aussi importante que la direction et la production.

Ma littérature est liée à une narration forgée dans l’histoire du conte, pas trop remplie d’images, mais oui avec peu d’adjectifs, en lien avec la tradition nord-américaine », décrit-il.

Cependant, il remarque qu’écrire pour la télévision n’est pas simple, car l’argument original n’apparaît jamais à l’écran. Le produit final est le fruit de l’intervention de bien d’autres participations, si bien que c’est une espèce d’auteur choral dans lequel nous sommes tous », précise-t-il.

Toutefois, l’une des choses dont il remercie le genre audiovisuel est la possibilité de vivre pour écrire, et avoir des expériences de télévision différentes parce que l’on peut faire de la télévision pas forcément stupide, dit-il.

Tel est le cas de sa participation dans Nada personal (1996) et Demasiado corazón (1998) avec la production Argos, qui a été opportune parce qu’elle a essayé de faire des feuilletons à caractère politique et de rupture.

Je pense qu’aujourd’hui la télévision a beaucoup changé, signale-t-il, parce qu’elle a moins d’importance et de pouvoir. l’importance du câble dans l’audience est fondamentale et dans des pays comme le Venezuela où le piratage est très répandu et où beaucoup de gens ont accès à des câblages pirates, c’est bon pour les spectateurs, conclut-il.