Violence / Violence / Mots

 

 

Le Venezuela, et tout particulièrement sa capitale Caracas, est un pays réputé violent. L’insécurité qui y règne, facteur d’angoisse et de défiance, alimente suspicions et mesures cœrcitives, déteint sur une société tout entière.

Il est donc naturel, en quelque sorte, que la violence s’impose comme thème littéraire.

L’originalité d’Alberto Barrera Tyszka réside sans doute dans le fait d’explorer cette violence sous des angles variés, voire inattendus.

La maladie, tout comme le silence et l’incompréhension qui s’installent au sein du couple ou de la famille, la privation de parole, par exemple, sont autant de violences qui pour relever davantage de l’intime n’en sont pas moins redoutables dans leurs effets que les violences plus souvent étalées en gros titres. Crimes pluriels à leur manière, dont le châtiment ne relève pas forcément d’un arsenal juridique non plus.

 


 

AU SOMMAIRE DE LA PAGE :

1. ENTRETIEN . Les victimes de la violence n’ont pas d’adjectifs, elles ne sont que des victimes.

2. ENTRETIEN RADIOPHONIQUE . Approche du Venezuela à travers les contes d’Alberto Barrera Tyszka.

3. CHRONIQUE # 1 . La littérature finit par ne pas devenir littérature.

4. CHRONIQUE # 2 . Autour de Barrera Tyszka.

5. CHRONIQUE # 3 . Au Venezuela il y a une totale liberté d’expression.

 


 

ENTRETIEN

« LES VICTIMES DE LA VIOLENCE N’ONT PAS D’ADJECTIFS, ELLES NE SONT QUE DES VICTIMES »

PAR JULIO A. FARIÑAS

 

LA VOZ DE GALICIA, NOVEMBRE 2009
SOURCE

 

Alberto Barrera Tyszka scénariste, poète et narrateur venezuelien, prix Heralde du roman en 2006 « Les victimes de la violence n’ont pas d’adjectifs, elles ne sont que des victimes ».

Pour le biographe d’Hugo Chavez, la violence est l’une des angoisses les plus ressenties dans son pays, surtout dans les secteurs populaires, qui sont ceux qui en souffrent le plus.

Le scénariste, poète et écrivain vénézuelien Alberto Barrera est un profond connaisseur de la réalité crue actuelle de la République Bolivarienne du Venezuela, marquée dans une large mesure par un personnage de la biographie la plus rigoureuse et la moins complaisante – Hugo Chávez sin uniforme [Hugo Chavez sans uniforme] duquel il est coauteur. La semaine dernière il a présenté en Espagne Crímenes [Crimes], un livre de contes qui condensent le plus cru de la réalité vénézuelienne actuelle. Le lien entre les dix récits est précisément la violence dans ses différentes formes. Quelques heures avant de rentrer à Caracas il a parlé avec La Voz de son nouveau livre et de la violence, la plus importante préoccupation des hommes de bien de son pays.

 

Ne pensez-vous pas que celui qui connaît d’un peu près la réalité du Venezuela, les contes de Crímenes, en particulier « Balles perdues », il va les lire plus sur le mode de la chronique noire que de la fiction ?

Le problème des genres littéraires est complexe. Ils se croisent toujours davantage, il y a davantage de genres hybrides, frontaliers. Cependant, dans le cas de Crímenes, et dans « Balles perdues », il s’agit absolument d’un exercice de fiction. Bien sûr le référent est proche pour tous les Vénézueliens, mais il n’y a rien qui soit vérifiable ou qui fasse partie d’un exercice journalistique classique.

 

Mais dans « Balles perdues », où s’arrête la réalité et où commence la fiction 

Cela fait partie de la littérature même, se produit avec tout texte. « Balles perdues » est, à la fois, fiction et réalité. Partie d’une histoire que j’ai inventée, mais qui pourrait bien s’être produite ou ressembler à beaucoup d’autres. Elle dialogue avec l’expérience du lecteur. En littérature tout est vrai. Sinon, tu n’y crois pas.

 

C’est un récit romancé de ce qui s’est passé le 11 avril 2002 lors de événements sanglants de Puente Laguno ?

Non. Absolument pas. Ce jour-là je n’étais même pas à Caracas. Si bien que je n’ai pas non plus de vécu personnel, direct, de ce qui s’est passé. Bien sûr que le conte fonctionne avec le référent général de la violence politique dans le pays. Mais il ne fait pas allusion à un fait en particulier, concret.

 

Au sein des familles vénézueliennes, la polarisation qu’a généré le nouveau régime et que vous reflétez si bien dans le récit « Balles perdues » persiste-t-elle ?

La société vénézuelienne reste extrêmement polarisée. Et chaque fois que nous entrons dans une étape électorale elle se polarise davantage. Surtout parce que la stratégie électorale du gouvernement est basée sur la polarisation. C’est ce qui a apporté des dividendes à Chavez. Sauf que le passage du temps a aussi produit de l’usure, même dans la confrontation. Apparemment, selon les statistiques, la part de la population qui rejette le radicalisme des deux côtés, qui n’est ni pour la Gouvernement ni pour l’opposition est chaque fois plus grande.

 

La manipulation de l’information concernant le phénomène de la violence persiste ?

Le Venezuela est, dans une large mesure, une télé-démocratie. Le Gouvernement tout autant que l’opposition fonctionnent beaucoup à travers les medias. Nous vivons quotidiennement dans une forte confrontation médiatique qui produit différentes versions d’une même réalité. Ce que nous avons le plus perdu au Venezuela est la vérité, la certitude d’une vérité commune en laquelle tous, bien que nous soyons de différents bords politiques, nous puissions croire.

 

Caracas est considérée comme la ville la plus violente du monde après Ciudad Juarez, les Vénézueliens sont-ils résignés à cohabiter ainsi ?

La violence est l’une des préoccupations et des angoisses les plus sensibles dans le pays. Surtout dans les secteurs populaires, où se commet la majorité de ces crimes. C’est aussi un problème d’image très fort pour le Gouvernement, qui a toujours dit que la délinquance était une conséquence de la pauvreté. Et, sans doute, la relation entre les deux est évidente. Sauf que maintenant, quand les statistiques officielles insistent pour claironner que le Gouvernement a diminué substantiellement la pauvreté, on ne comprend pas pourquoi la délinquance a alors augmenté substantiellement. Ou bien la théorie est erronée ou bien les chiffres mentent. Je crains moi que ce ne soit la dernière solution.

 

Les spécialistes du phénomène de la criminalité au Venezuela soulignent habituellement qu’il y a beaucoup de violence absurde. Combien des 14 000 assassinats de l’an dernier et/ou des presque 19 000 avec lesquels on prévoit que se closent les statistiques de cette année considérez-vous qu’ils sont « des militants de l’apathie », comme Henry, le protagoniste de « Balles perdues » ?

Je crois que toute violence est absurde. Il est absurde qu’une balle perdue dans une rixe entre bandes tue une petite fille de six ans. Il est absurde qu’on te vole ton sac et qu’on te mette deux tirs. Il est absurde qu’on t’enlève quelques heures pour te prendre 500 dollars et, en plus, que tu puisses être blessé ou tué. Dans cette perspective, il n’existe pas de violence logique, cohérente. En ce sens aussi, je ne sais pas comment qualifier les victimes. Les victimes de la violence n’ont pas d’adjectifs, elles ne sont que victimes. C’est suffisant.

 

Dans ce contexte, que pensez-vous de l’initiative de Chavez d’interdire la commercialisation des jeux vidéos avec des éléments violents comme solution au problème ?

Cette initiative est née à l’Assemblée Nationale, contrôlée par le Gouvernement. C’est une tentative de régulation qui semblerait convenir davantage à Stockholm qu’à Caracas. Bien sûr que c’est quelque chose qui en dehors du contexte peut être pondéré, examiné…Mais qui dans le contexte vénézuelien semble absurde. Les chiffres officiels disent qu’il y a plus de six millions d’armes illégales au Venezuela. La situation de la justice et des prisons est terrible. La violence verbale qui s’exerce depuis les plus hautes sphères du pouvoir est incroyable. L’Assemblée devrait avoir d’autres priorités.

 

Combien d’années de vie donnez-vous à la Cinquième République ?

Il est très difficile de le savoir. L’une des tragédies du pays est qu’il n’y a pas d’opposition politique forte, unie, avec un projet alternatif pour le pays. Cela renforce beaucoup Chavez. D’un autre côté, le Gouvernement a séquestré l’État, a suspendu dans le pays le sens de l’alternance. Chavez a déjà dit qu’il veut rester au pouvoir «  jusqu’à ce que son corps endurera ». Cela ne dépend pas de lui, cela dépend de ce que la société vénézuélienne le lui permette.

 

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ENTRETIEN RADIOPHONIQUE

« APPROCHE DU VENEZUELA À TRAVERS LES CONTES D’ALBERTO BARRERA TYSZKA »

PAR HERNÁN RESTREPO

 

RADIO NACIONAL DE COLOMBIA, AOÛT 2010
SOURCE

En cette période de lune de miel entre la Colombie et le Venezuela, nous sommes de nombreux Colombiens à nous demander comment on vit, on pense et on rêve dans ce pays voisin. Et une bonne manière d’approcher n’importe quelle culture, c’est la littérature. C’est pourquoi il s’avère très étrange, si nous y réfléchissons un instant, que nous en sachions si peu sur la littérature vénézuelienne.

Pour des raisons difficiles à expliquer, nous connaissons davantage les auteurs d’Argentine, du Mexique et du Pérou que des pays voisins comme le Venezuela, l’Équateur ou Panama.

Je propose aujourd’hui aux lecteurs de ce blog d’approcher la littérature vénézuelienne contemporaine à travers le livre de contes Crímenes [Crimes] (éditions Anagrama), d’Alberto Barrera Tyszka. Dans ce recueil de récits, on trouve des histoires très prenantes dans lesquelles le sexe, la mort et la politique sont des thèmes récurrents.

« Chavez n’est pas un dictateur. Mais c’est un magnifique candidat à le devenir », m’a dit Barrera quand je l’ai interrogé sur la nature politique de certains récits que l’on trouve dans le livre. Par exemple, il y en a un intitulé « La correspondance des autres » dans lequel on dénonce l’un des problèmes sociaux les plus graves du Venezuela: la surpopulation carcérale.

Alberto, je l’ai contacté alors qu’il se trouvait de passage au Mexique pour participer à la foire du livre de Mazatlan, endroit où il est régulièrement invité. De fait, ce scénariste a un cœur mexicain et on le remarque car le Mexique est très présent dans ses contes. Par exemple, « Una historia mexicana » [Une histoire mexicaine], raconte l’histoire d’un technicien lumière vénézuelien résidant à Mexico qui tombe amoureux de l’épouse de son meilleur ami.

C’est donc une invitation pour que tous les Colombiens profitions de cette période de paix pour nous rapprocher du Venezuela, pas seulement du point de vue économique, mais aussi à travers la littérature, qui est un domaine dans lequel nos deux pays ont une large empathie et une histoire partagée.

 

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CHRONIQUE # 1

« LA LITTÉRATURE FINIT PAR NE PAS DEVENIR LITTÉRATURE »

PAR JOSÉ A. MUÑOZ

 

REVISTA DE LETRAS, OCTOBRE 2009
SOURCE

 

Alberto Barrera Tyszka (Caracas, 1960), exécute dans Crímenes (Anagrama) une espèce de mélange narratif dont les dix ingrédients (les contes qui construisent le volume), selon Jorge Heralde, son éditeur, « sont unis par un fil de couleur rouge sous-jacent : celui de la violence, la transgression et le sang, sans oublier le caractère de mauvais augure de sa littérature ».

En effet, il ne s’agit pas d’une anthologie au hasard, mais plutôt de pièces qui s’unissent pour offrir une vision polyédrique sur les différentes formes de la violence, toujours selon l’expérience vitale de leur créateur.

Lors d’une rencontre avec la presse qui s’est tenue à Barcelone, Barrera Tyszka a défendu le conte (« un genre tristement oublié », topique que Heralde a démonté, en affirmant que « le châtiment ne vient pas des éditeurs, sinon des lecteurs »), comme « partie de la logique latino-américaine où on l’a cultivé de manière habituelle, avec des auteurs se consacrant à la narration courte, comme Borges, Monterroso, Arriola ou Quiroga, en plus des référents qui, comme disait Bolaño, sont les deux pointes du genre et qui m’ont le plus influencé : Tchekhov et Carver ».

L’auteur du roman à succès La Maladie (Prix Heralde du roman 2006) a envisagé ces contes « avec une unité dont il ne voulait pas qu’elle soit évidente. Je crois que la violence en Amérique latine est chargée de stéréotypes que l’on peut éviter, en la faisant apparaître derrière l’ordinaire. J’ai voulu m’écarter les lieux communs de la violence médiatique, ce qui apparaît dans la presse, parce que nous avons aussi des histoires intimes et fermées qui n’appartiennent pas à l’Histoire ».

La forme de ces contes a conduit l’auteur à « les proposer avec une fin ouverte, il voulait que les histoires continuent à rebondir chez le lecteur ». Pour parvenir à ce que le résultat soit plus proche, « la recherche du ton m’a préoccupé, car je souhaitais éviter qu’il soit excessivement mélodramatique.Une technique efficace pour trouver la forme et le ton est de souligner les adjectifs, que j’affectionne beaucoup, et de faire une lecture sans eux. Le littéraire, sans doute, réside dans les adjectifs bien employés ».

En faisant en sorte que son œuvre ne soit pas trop marquée politiquement (Barrera Tyszka tient une colonne dominicale dans El nacional, hostile au gouvernement vénézuélien), « j’ai tenté de l’éviter pour me centrer sur des thèmes plus intimes, bien que cela ait été inévitable dans des contes comme « Balles perdues », sur ce qui se produit quand dans un défilé de manifestants un blessé tombe et que personne ne sait à quel bord il appartient, ou « La correspondance des autres » sur un atelier littéraire en prison. Au final, la littérature finit par ne pas devenir littérature ».

Quant à la violence, présente dans son pays, il a affirmé que « l’an dernier, au Venezuela, 13800 crimes ont été commis, chiffre supérieur à celui des violences qui se sont produites au Mexique et ce qui se produit à Mexico est beaucoup plus médiatique du fait du trafic de drogue. C’est quelque chose qui est très présent dans les rues. Cependant, il y a une liberté d’expression que l’on ne connaît pas dans les autres pays plus mal à l’aise avec leurs dictatures. Plus qu’un contrôle sur les opinions, il y a un contrôle sur les media hostiles au gouvernement, qui provoque la fermeture ».

Il y eut aussi l’occasion de parler du secteur du livre au Venezuela et du petit nombre d’auteurs publiés en Espagne, quelque chose que sont en train de corriger des maisons d’édition comme Candaya ou Anagrama. Selon les mots de Barrera Tyszka, « le changement économique a provoqué un isolement littéraire pour ce qui est de l’importation de livres, au point que certains éditeurs et libraires en viennent à se rendre à Barcelone pour acheter de petites quantités de livres. À cause de cela, il y a eu un « boom » des auteurs vénézuéliens, puisque ce sont majoritairement les auteurs du pays que l’on publiait, ce qui, maintenant facilite qu’ils « sautent » dans d’autres pays et soient proposés. Mais l’industrie, en tant que telle, va très mal. C’est le problème de l’État qui veut tout produire. Le gouvernement a acheté une imprimerie allemande qui a la capacité d’imprimer des tirages de trois œuvres par jour, mais ce sont des livres qui n’intéressent absolument pas la population. Avec Chavez l’accès aux livres va être tous les jours plus problématique, on est en train d’interdire que les projets soient pluriels, même avec des idées intéressantes qui permettent d’avoir accès au livre à des prix économiques, comme la Fondation gouvernementale El Perro y la Rana [Le chien et la Grenouille].

 

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CHRONIQUE # 2

« AUTOUR DE BARRERA TYSZKA »

PAR ROBERTO LOVERA DE-SOLA LOVERA

 

ANALITICA, OCTOBRE 2011
SOURCE

 

Commençons avec Elias Canetti (1905-1994), le Bulgare Prix Nobel (1981), quand il a défini l’écrivain en disant : « Un écrivain serait…quelqu’un qui accorde une importance particulière aux mots ; qui évolue à son aise parmi eux, ou parfois mieux que parmi les être humains ; qui se donne aux deux, bien qu’en ayant davantage confiance en les mots ; qui les détrône de leurs fauteuils de cérémonie pour les introniser ensuite avec davantage d’aplomb ; qui les palpe et interroge ; qui les caresse, lime, polit et peint, et qui après toutes ces libertés intimes est même capable de s’occulter par respect pour eux. Et si parfois il peut bien apparaître comme un malfaiteur envers les mots, la vérité est qu’il commet ses méfaits par amour » (La conscience des mots, Mexico, Fondo de Cultura Económica, 1982, p.353). L’écrivain est, souligne aussi Canetti, celui qui a toujours une oreille alerte pour percevoir ce qui arrive près de lui (p.358) et, dit-il, « il doit maintenir ouverts les canaux de communication entre les hommes. Ils devraient pouvoir se métamorphoser en n’importe quel être, même le plus infime » (p.357). Entrons maintenant dans deux des livres d’Alberto Barrera Tyszka (1960). Commençons par celui qui a internationalisé son nom, La maladie (Caracas, Anagrma/Alfa, 2006, 168 p.), pour lequel il a obtenu le prix Heralde en Espagne (2006) et grâce aux traductions duquel, en français aux éditions Gallimard et en anglais chez Mclohese il a reçu deux nouvelles distinctions, à Paris le prix Femina et à Londres finaliste du prix du meilleur roman étranger en 2010.

 

LA MALADIE

  La maladie a un thème sérieux, triste et inquiétant. Mais c’est aussi une question quotidienne : nous savons tous que nous devons mourir. Mais c’est une aventure grave de voir mourir ses parents. Mais beaucoup plus douloureux quand le rejeton est médecin et fils unique qui est attaché à son père par une profonde relation de vie, plus sincère que celle de la plupart des enfants. Et pour le médecin habitué à veiller sur la vie, à soigner ses malades, le mal incurable comme celui dont souffre son papa est une affaire qui le prive de tout sens humain. Cela l’occupe davantage, ce qu’il endure est si intense, qu’il délaisse sa consultation, même celle d’un patient hypocondriaque, qui pâtit d’une souffrance psychique. C’est là que le patient imaginaire entre en relation avec une infirmière du médecin. Et l’une des grandes énigmes du livre est ce qui arrivera au psychosomatique et à la secrétaire affectivement. Mais pour le médecin Miranda tout s’arrête face aux souffrances de son géniteur, et surtout devant la conscience qu’il a, que nous voyons se développer dans l’œuvre, que ce mal est incurable, qu’il va se terminer par le décès.

La maladie brille resplendissante sur le roman d’aujourd’hui parce qu’il traite d’une tragédie, d’un drame intime. À une époque comme la nôtre qui exalte la jeunesse et la beauté, qui oublie la vieillesse et les souffrances des gens, dans La maladie le centre est l’amour, la relation intense que cet enfant exceptionnel ressent pour ce père qui au lieu de se remarier, quand son épouse est morte, s’est employé à élever son fils, à le former sentimentalement, à laisser une belle et profonde trace en lui. C’est peut-être en cela que réside la plus grande beauté et la tension de La maladie, dans le fait de nous montrer que ce que fuit autant la société de notre temps, les maladies, est la seule façon qu’a ce fils de s’occuper de cet être aimé plus que tout qu’est son père. Et pour être près de lui, il abandonne tout pour suivre ainsi les derniers pas du père, qui plus d’une fois, n’a pas d’autres possibilités, fuit ses conseils et obtient pour la dernière fois, ils ne lui feront pas mal, les beaux plaisirs interdits, fuyant pour quelques heures le fils médecin qui a fixé ce qui doit être fait pour allonger le plus possible la vie de son papa.

Et c’est un jour, quand se produit la poignante scène finale, qui vaut pour tout le roman de Barrera : quand le fils voyant que le père agonise se couche à ses côtés et l’embrasse tendrement en attendant la fin.

 

LES DIX CONTES DE CRÍMENES

Avec le splendide volume Crímenes (Barcelone, Anagrama, 2009, 161 p.) entre les mains nous devons réitérer une fois encore notre opinion selon laquelle le conte est un genre central de la narration vénézuelienne. Et ce n’est pas parce que notre roman n’est pas fameux sinon parce que le conte est toujours essentiel, raison pour laquelle la majorité de nos romanciers a cultivé le conte, et non, comme on l’a cru, comme voie pour cultiver une plus grande narration sinon en lui-même, tels les cas de conteurs impeccables comme les maîtres Romulo Gallegos (1884-1949) ou Arturo Uslar Pietri (1906-2011). Les exemples sont nombreux, les adeptes de la seule narration brève sont peu nombreux, ce qui ne veut pas dire qu’ils soient mineurs, tels les cas de Gustavo Diaz Solis (1920) ou Alfredo Armas Alfonso (1921-1990) habiles dans leur création. Et que le conte est essentiel non seulement nous le disent en ce moment Crímenes mais aussi En rojo (Caracas, Alfa, 2011, 174 p.) de Gisela Kozak, Las rayas (Caracas, Alfa, 2011, 142 p.) de Rodrigo Blanco ou Actos de salvajismo y otros cuentos (Caracas, Mondadori, 2009, 157 p.) de Milagros Socorro. Et ce que nous affirmons est en rapport avec les façons de narrer que nous trouvons dans Crímenes, ces contes toujours beaux, précis, habiles et en tension, si intensément agoniques, si plein de malaise, « cette faute invisible, sans corps » (p.127), comme nous le lisons dans « Anoche ». Ces narrations ont si bien été accouchées que par moments on aurait envie de les dire parfaites parce que rien n’est en trop et que rien ne leur manque. Ce sont, bien sûr, des fictions, développées au cours du temps, qui « est imbattable » (p.73) comme on peut le lire dans « Balles perdues ». N’oublions pas, même si cela paraît évident, don Antonio Machado (1875-1939) l’a déjà dit, la littérature est « mot dans le temps ». Et ces récits par ailleurs gratifient toujours le lecteur qui les suit. Et toujours, face à eux, nous sommes face à la littérature, face à l’acte de créer avec le mot. C’est pourquoi nous lisons dans « La correspondance des autres » : « Il vaut mieux raconter un assassinat que le commettre. La littérature comporte moins de conséquences que la vie. » (p.30), mais sans la vie la littérature n’existerait pas, miroir de la condition humaine, du vivre.

Ces Crímenes de Barrera nous insinuent que leur auteur emploie le mot crime dans un sens latent, au-delà de la seule « action volontaire de tuer ou blesser quelqu’un », ou comme simplement un énorme délit, sans doute impardonnable, l’action toujours déplacée et répréhensible, comme l’indique le dictionnaire de la royale définisseuse. Plutôt dans le sens de cet acte qui, sil n’ôte pas la vie, est destructeur, pour la vie intime aussi , comme ce pourrait être le cas d’histoires de couples que nous lisons ici comme « La nada » ou « Por qué a las mujeres no les gustan las películas pornográficas ? », aussi destructrices que peut l’être le déroulement de la vie de ce guerillero raté de « Las venas abiertas ».

Et au cœur de Crímenes, surgissent les grandes questions, telles que « Qu’est-ce qui l’emporte ? L’amitié ou le désir ? » (p.40) de « Una historia mexicana », ou cette autre, de « Perros » : « nous finissons toujours otages de choses qui naturellement n’ont aucune importance » (p.81). Ou tout ce que pose le récit « Balles perdues » sur le fait que nous reviendrons.

 

CES RÉCITS

Aussi bien dans « La nada », dans « Una historia mexicana » que dans « Por qué a las mujeres no les gustan las películas pornográficas ?  [« Pourquoi les femmes n’aiment-elles pas les films pornographiques ? »] Barrera nous place devant ce qui est certainement le grand thème intime de notre époque : les couples, leurs rencontres et leurs séparations, guettées avec une acuité sans pareille par le grand Woody Allen (1935) dans plusieurs mémorables films et 0588). Ici dans « La nada » se trouve la grande question de tout couple quand le désir s’épuise, « Depuis cet après-midi, ils n’ont pas cessé d’être ensemble. Maintenant, en évaluant le passé, ils se demandent parfois ce qu’est devenue toute cette fureur, toute cette passion folle » (p.17), « Bien sûr qu’ils n’espéraient pas que cela dure toujours. Tout le monde sait que le désir aussi a un âge » (p.17), maintenant «  Il ne leur restait plus…que la nostalgie. Une tendre nostalgie qui les aidait à être ensemble. Ce qu’ils aimaient le plus est ce qu’ils furent un jour » (p.17-18). Ou le possible : « Rafael pensait plutôt que l’amour s’était transformé, que maintenant il avait d’autres obsessions, d’autres faiblesses, d’autres façons de s’exprimer. Les affections sont comme le fleuve d’Héraclite. Personne ne s’y baigne deux fois » (p. 8). Tout finit par rester calme, « Le rien ne saigne pas » (p.24). Dans « Una historia mexicana » c’est le compte-rendu de quelqu’un qui entre dans une maison et qui lorsqu’il s’en va emmène l’épouse de l’autre. De là l’interrogation : « Qu’est-ce qui l’emporte ? L’amitié ou le désir ? » (p.40). Ils ont été découverts, comme toujours, l’amour ne peut pas se cacher. Ici continue à vivre l’observation de Stendhal (1783-1842), maître en la matière, « les passions sont capricieuses ». De son côté, dans « Por qué a las mujeres no les gustan las películas pornográficas ? » nous observons l’événement. Le mari a un accident, son épouse l’accompagne à la clinique, et là apparaît une jeune femme qui lui dit : « Je suis Gladys la petite amie de Rodrigo » (p.34), c’est-à-dire de son mari. Il y a trop de mots pour la glose de ce conte intense, bien que nous ne puissions toujours pas nous expliquer pourquoi l’auteur a choisi ce titre, qui n’et qu’un moment à peine de ce que l’on raconte, un simple accident d’un seul jour.

Deux de ces récits relèvent de la littérature dans la littérature. Ainsi « La correspondance des autres», sur un atelier d’écriture dans une prison ou « Escritores famosos », où un professeur de littérature créative finit par plagier les histoires de ses élèves. D’autres touchent la vie quotidienne comme « Perros », « Anoche » ou « Un asunto sentimental », le premier avec l’histoire d’un chômeur, le second ce dont on se souvient durant les heures d’une gueule de bois.

Si ce livre de Barrera ne nous proposait pas autant de réflexion, nous en serions presque à dire que « Un asunto sentimental » est le meilleur de l’ensemble. Il commence par un fait de cet acabit : une épouse « a abandonné son mari pour aller à Miami chercher fortune » (p.87). Et lui reste seul. Mais ce n’est que le début, ensuite nous nous rendons compte que nous avançons dans un mémorable récit sur un voyage vers la nuit, vers la fin, toujours au milieu de la nuit dangereuse du Caracas d’aujourd’hui, avec toutes les absurdités actuelles, avec toute son horreur. « Las venas abiertas », de leur côté, avec l’en-tête « l’idiot latino-américain », s’offre à nous comme une histoire très bien brossée de l’échec de la guerrilla des années 60, mais vue par les yeux de ceux qui en ont souffert : les enfants abandonnés par leurs parents insurgés pour qui l’utopie révolutionnaire fut plus importante. C’est la chronique de l’effondrement total. C’est un nouvel apport aux livres qui font état de cette douloureuse expérience frustrée.

LETTRES D’AUJOURD’HUI

« Balles perdues » requiert des observations spéciales. Il a besoin selon nous de remarques préalables car ce récit nous amène dans les entrailles de la littérature qui s’écrit parmi nous en cette période tragique, du moins à une partie d’elle parce que tout ce qui s’écrit aujourd’hui ne touche pas ces parages.

Ce domaine a été délimité ainsi par Ana Teresa Torres (1945) quand elle écrit : « ‘ le roman de Chavez’ que certains commencent déjà à poursuivre, pourrait très bien déchaîner [aussi] un besoin d’une écriture du privé, de protection de l’intime qui a souffert et résisté à tant de menaces… je constate que ces dernières années j’ai lu davantage à propos du totalitarisme que durant presque toute ma vie antérieure. J’ai compris comme cela à cet âge si tardif que le totalitaire consiste à obliger le citoyen à se diluer dans le « peuple », pour qu’ensuite, au nom du peuple, on puisse faire n’importe quoi contre le citoyen. Cette expérience qui est la mienne (la nôtre) restera pour la littérature, mais ne jouons pas au commissaire. Écrivons en liberté et laissons-la apparaître » (« Cuando la literatura venezolana entró en el siglo XXI » dans Plusieurs auteurs : Nación y literatura. caracas, Equinoccio, 2006, p.923).

C’est là la chronique d’une quantité infinie d’événements qui nous inquiètent, ceux d’une nation où nous sommes tous « étourdis et confus » comme l’a écrit Maria Dolores Ara (« La cultura literaria en Venezula » dans Pluseurs auteurs : Aproximación a nuestra cultura. Caracas, Fundación Venezuela positiva, 2011, p.187).

Toutes ces manifestations sont présidées par les vers de Yolanda Pantin (1954), tant dans son superbe, et sans doute prophétique, poème El hueso pélvico (Caracas, Eclepsidra, 2002) comme dans les poésies de son livre País (Caracas, Fondation Bigott, 2007, 176 p.), un recueil profondément politique même si beaucoup de ses lecteurs ne l’ont pas perçu.

Parmi ses autres manifestations, en plus des contes de Barrera que nous allons évoquer, nous pouvons mentionner le récit « Carta de una viuda de la guerra cvil » de Milagros Cata Gil (1951), à propos d’une femme qui a perdu son compagnon dans les assassinats du 11 avril 2002 (dans Luz Marina Rivas, Las mujeres toman la palabra, Caracas, Monte Avila Editores, 2003, p.143-150) ; le récit « Del corazón todavía », (de En lugar del corazón, Caracas, Bid, 2008) de Silda Cordoliani (1953), sur une disparition et un exil ; « Los vicios de la maestra Ayala » de Actos de salvajismo y otros cuentos (Caracas, Mondadori, 2009) de Milagros Socorro (1960), à propos d’un village assiégé par l’intolérance ; les romans Nocturama (Caracas, Alfa, 2006) de Ana Teresa Torres, est, dans sa grande métaphore, la Caracas détruite par le chavisme ; El último fantasma (Caracas, Alfaguara, 2008) de Eduardo Liendo (1941), le dernier règlement de comptes de la gauche avec le léninisme : Un hombre de aceite (Caracas, Bid, 2008) de José Balza, à propos d’un personnage de cette période et La advertencia del ciudadano Norton (Caracas, Alfa, 2010) de Karl Krispin (1960), autour de la polémique, à travers des courriels, le nouveau genre littéraire, entre un démocrate et un adversaire de la globalisation. Le théâtre, qui fut le genre le plus en pointe dans ce registre, les pièces Ambas tres et C.I.N.K.O. de Javier Vidal (1951).

À tous ces textes, il faudra ajouter, sur un registre plus détaillé, les passages de diverses œuvres qui touchent ces questions de notre vie politique, les souffrances, les douleurs et les épreuves de cette société.

Nous avons qualifié cette période de jours tragiques, cela constitue une inondation très bien dessinée par Barrera dans l’un des contes de Crímenes. Ainsi quand dans « Balles perdues » il parle du « tourbillon de ces mois » (p.75) ou quand nous lisons dans « Escritores famosos » : « À ce moment-là on ne parlait pas d’autre chose que de politique. Le pays tout entier était intoxiqué » (p.104), et dans le même conte : « Et moi, simplement comme cela, sans rien comprendre, sans savoir quoi faire, sans savoir si rester ou fuir, sans savoir dans quel pays je vis » (p.113).

Ou ce que pense le professeur cynique de « Escritores famosos », « Selon ses calculs, plutôt tôt que tard, la révolution bolivarienne forcerait le monde à poser ses pupilles instables sur le Venezuela. Enfin nous avions une grande opportunité ! Nous devions commencer à écrire, immédiatement, des récits de résistance, des épisodes dramatiques de Latino-américains poursuivis, des récits chargés d’un difficile héroïsme en lutte permanente contre la menace totalitaire » (p.102), « Nous étions déjà les futurs écrivains dissidents du pays » (p.105). C’est pourquoi il recommanda instamment à ses élèves Marina Tsvietaieva (1892-1941), considérée par Joseph Brodsky (1940-1996) comme la plus grande poétesse russe du XXe siècle, plus que Ana Ajmatova (1899-1966), ce qui est déjà beaucoup dire, surtout pour son poème « Pour le Nouvel an ! » (1927) écrit à la mort de Rainer María Rilke (1875-1927), poétesses victimes toutes deux du stalinisme. Mais le professeur qui dit cela et recommande pareilles lectures finit par commettre son propre crime : il plagie ses élèves. Ce récit permet à Barrera de nous replacer dans l’atmosphère littéraire de cette période, des plis de laquelle provient le plus vrai de notre fiction actuelle.

Pour sa part, le conte « Balles perdues » fait écho à tous les textes cités plus haut. Il rend compte de la présence dans notre milieu des Balles perdues : « des balles qui vont et viennent, tombent là où elles de devraient pas, se trompent, entrent dans d’autres corps, arrivent là où elles n’ont pas été invitées. Balles sans responsable. Balles sans origine connue. Balles qui se baladent. La trajectoire déviée. Il faut être attentif. N’importe qui peut en recevoir une » (p.72). Nous sommes témoins dans « Balles perdues » de la disparition d’un membre d’une famille, d’un clan lui aussi (p.57), divisé entre escuálidos et chavistes comme la moitié de la société vénézuelienne. Et la présence « du débat public exacerbé qui enveloppait la société. Contamination politique, ainsi disait-il. Il pensait que le pays était malade » (p.59). Et la terrible question : « Où pouvait-il être ? Pourquoi avait-il disparu de cette manière ? » (p.56).

(Lu lors de la séance du Cercle de lecture de la Fondation Francisco Herrera Luque, le mardi 6 septembre 2011).

 

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CHRONIQUE # 3

ALBERTO BARRERA TYSZKA, ÉCRIVAIN, AUTEUR DE CRÍMENES :
« AU VENEZUELA IL Y A UNE TOTALE LIBERTÉ D’EXPRESSION »

 

CASA AMÉRICA CATALUNYA, OCTOBRE 2010
SOURCE

L’écrivain vénézuelien Alberto Barrera Tyszka a présenté à la Casa Catalunya, au cours d’un déjeuner littéraire introduit par l’éditeur Jorge Heralde, son livre de conte applaudi Crímenes, publié en Espagne par Anagrama. « Délibérément, je n’ai pas envisagé d’utiliser la réalité du  Venezuela d’aujourd’hui » a dit Barrera à propos des récits de Crímenes, où l’atmosphère permanente de violence a pour conséquence que les personnages sont confrontés au délit dans les endroits et les situations les plus improbables. « À Caracas, nous sommes très habitués à la violence quotidienne. C’est comme un cercle qui s’étrécit parce qu’il y a toujours plus de gens de ton entourage qui en sont affectés », a dit Barrera, un critique reconnu du gouvernement d’Hugo Chavez qui, cependant, a manifesté avec fermeté : « Au Venezuela il y a une totale liberté d’expression ».

Sur Crímenes et les fins ouvertes et énigmatiques de ses récits, Barrera Tyszka a signalé que son « illusion » en les écrivant était que « l’histoire rebondisse dans la tête du lecteur durant des jours parce qu’elle n’est pas fermée » et il a souligné que ce n’est pas un projet littéraire délibérément politique. « J’ai mis trois ans à écrire certains des contes de Crímenes », a dévoilé l’écrivain, qui a cependant admis son désir particulier que dans certains récits les lecteurs s’identifient avec « quelque chose de réel ». C’est le cas de « Balles perdues », où la disparition d’un manifestant met en évidence les profondes divisions politiques des membres de sa famille dans un reflet de la polarisation qui secoue le Venezuela. Du point de vue politique cette fois, Barrera Tyszka – chroniqueur hebdomadaire du journal vénézuelien El nacional, à la position très critique envers Hugo Chavez – a surpris en affirmant que « au Venezuela il y a une totale liberté d’expression ». « C’est une situation complexe parce qu’il y a des mécanismes qui encouragent l’auto-censure, mais je peux écrire sur ce que je veux », a-t-il souligné avant d’ajouter « Le Venezuela n’est pas une dictature traditionnelle, bien qu’il ait adopté des formes de « nouvelle tyrannie » avec des mécanismes de contrôle de la part du pouvoir. », a-t-il indiqué avec soulagement. La polarisation politique et la violence – « à Caracas on a enregistré 40 meurtres le week-end dernier », a-t-il précisé – sont les deux grands problèmes du Venezuela pour Barrera Tyszka. « Notre société est une société très armée avec beaucoup d’enlèvements express. Mais c’est une société biaisée et intoxiquée par la polarisation politique, qui empêche de voir avec transparence les problèmes du pays comme la corruption policière », a-t-il affirmé. « Au Venezuela, nous lisons beaucoup de livres de journalisme, d’histoire et d’humour, pour comprendre ce qui nous arrive et comme soupape d’échappement », a-t-il conclu.

 

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