Sur le roman « RATING »

 

   

 

AU SOMMAIRE DE LA PAGE :

1. Article # 1 . Alberto Barrera explore l’industrie du feuilleton latino-américain

2. Article # 2 . La vie est un mélodrame

3. Article # 3 . L’œil dans la paille

4. Article # 4 . Rating : troisième roman d’Alberto Barrera Tyszka

5. Entretien # 1 . L’ABC d’Alberto Barrera

6. Entretien # 2 . Entretien avec Alberto Barrera Tyszka

 


 

ARTICLE # 1

ALBERTO BARRERA EXPLORE L’INDUSTRIE DU FEUILLETON LATINO-AMÉRICAIN

NOTIMEX

 

FÉVRIER 2012
SOURCE

 

L’auteur vénézuélien est venu présenter son livre, Rating.

Il y explore les limites morales dans le monde cru de la téléréalité.

Un contenu qui explore de l’intérieur l’industrie florissante du feuilleton latino-américain, c’est Rating, le dernier livre de l’écrivain vénézuélien Alberto Barrera Tyszka (1960).

Présenté hier soir à la librairie Rosario Castellanos du Fondo de Cultura Económica (FCE), ce roman fait fusionner la voix de Manuel Izquierdo, un scénariste désabusé, fatigué d’écrire des mélodrames pour la télévision et en pleine crise de la cinquantaine, avec celle de Pablo Manzanares, étudiant en littérature qui découvre le monde.

Le jeune homme entreprenant a obtenu, grâce aux relations de sa mère, un travail d’assistant du gérant d’une chaîne.

À partir du récit de ces deux personnages, dont les vies s’entrecroisent forcément, Barrera Tyszka construit une histoire unique dans laquelle il offre un regard critique sur le monde de la télévision et sa capacité à transformer la tragédie sociale d’un pays en rating, audimat.

Sur le mode de l’entretien, les modérateurs Julio Patán et Mariana H. ont conversé avec l’auteur, tout en qualifiant le travail de Barrera d’œuvre ironique, amusante et intelligente.

À ce propos, Patán a dit que le roman s’inscrit dans le contexte de la télévision, et centre l’histoire autour de trois personnages : un jeune homme poursuivant des études de Littérature qui obtient un travail à la télévision, un vétéran de ce milieu et un vieux producteur qui a connu des jours meilleurs.

Il a indiqué que ce trio se rassemble pour faire une espèce de reality show dont les protagonistes sont d’authentiques indigents.

Mariana H. s’est référée à Barrera comme à un auteur qui connaît très bien le langage des romans et a cité une série de phrases et de mots extraits de la publication.

Ce fut le cas de : « le rating est un Dieu pervers et implacable » ; « l’une des grandes tragédies de la télévision ce sont les idées » ; « à la télévision tout le monde ment de manière compulsive tout le temps » ; « si les personnages se battent ou tombent amoureux » et « le public ne les voit pas et à la télévision la médiocrité ne se mesure pas ».

Les modérateurs ont indiqué qu’il existe une autre lecture de ce roman, qui peut être formulée dans la question suivante : quelles sont les limites de l’ambigüité morale ?

Cette question, ont-ils ajouté, se pose sous deux aspects. D’un côté, dans la figure du jeune Pablo Manzanares, « et nous assisterons à son glissement de l’idéalisme négationniste de la télévision, au pur cynisme du média ».

De l’autre, ont-ils souligné, surgit la question : « jusqu’où sommes-nous capables d’aller pour obtenir, dans ce cas, un succès d’audience ?

De façon plus générale : que sont capables de faire les citoyens pour remporter du succès, pour dominer les règles du marché ? Que chacun apporte la réponse qu’il croit opportune.

Pour sa part, Barrera Tyszka a considéré que la télévision « est le milieu où nous sommes tous remplaçables et c’est le milieu qui invite à croire que l’on est le seul à être irremplaçable ».

Et c’est que pour l’auteur vénézuélien, l’audimat n’est jamais suffisant, « car ce qui a à voir avec le marché, avec le désir et la question de fond du roman est jusqu’où nous pouvons aller, quelle est la limite dans cette recherche de pouvoir ».

Il a indiqué que le roman porte sur les personnages cités, il y a même, a t-il dit, des archétypes littéraires, où tous sont contraints de cohabiter dans une entreprise qui a aussi une vie propre, dans une machine de fictions, comme l’est la télévision.

Produisant des romans depuis 20 ans, Barrera Tyszka a aussi écrit la biographie du dirigeant vénézuélien Hugo Chávez, et a remporté en 2006 le Prix Heralde du roman.

Jusqu’où la télévision est-elle prête à aller dans sa quête désespérée d’audience ? Cette question semble respirer dans toutes les pages de cette publication de plus de 200 pages éditée par Anagrama (Espagne) mais imprimée, commercialisée et diffusée au Venezuela par Editorial Alfa.

 

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ARTICLE # 2

« LA VIE EST UN MÉLODRAME »

PAR JUAN PABLO BERTAZZA

 

22 JUILLET 2012
SOURCE

 

L’une des raisons, à leur époque, qui firent de Gran Hermano (Big Brother/Secret Story) un produit rentable fut la devise désormais obsolète et éculée selon laquelle le reality show était comme « la vie même ». Le succès prophétique de cette phrase tenait à ce que, peut-être, derrière ce grand mensonge se cachait une grande vérité. Dans Rating, le vénézuélien Alberto Barrera Tyszka, lauréat du Prix Heralde 2006 pour La maladie, et l’un des écrivains les plus en vue dans son pays, s’emploie à explorer non pas tant l’univers du reality show et du feuilleton latino-américain mais plutôt l’intersection très riche et fort peu explorée qui existe entre la télévision et la vie quotidienne. Il s’agit d’un roman dans lequel il y a trois grandes voix : Rafael Quevedo, un producteur qui tente de sauver sa tête et l’audience de sa chaine avec un projet innovant : faire un reality show mais pas avec des gens beaux, en pleine santé et sympathiques sinon des indigents, qui comporte en plus la structure et les ingrédients du feuilleton. Pablo Manzanares est son assistant, un jeune étudiant en Lettres qui vient d’arriver sur la chaine par recommandation de sa mère et, enfin, Manuel Izquierdo, un scénariste qui vient d’avoir cinquante ans et affiche une trajectoire qui inclut de très bons chiffres d’audience pour beaucoup de ses produits et un scandale médiatique. Tandis que le projet initial connaît différents aléas et modifications dans sa conception originale, la dynamique entre les trois responsables de la chose modifie aussi leur situation aussi bien sur la chaine que dans leurs vies.

Avec l’expérience acquise dans son travail de scénariste de feuilletons durant vingt ans pour différentes chaines de télévision de divers pays latino-américains, à mesure que se déroule cette histoire très prenante, avec quelques procédés narratifs qui prétendent même imiter la rhétorique de la télévision, Alberto Barrera Tyszka donne à voir la mécanique du mélodrame et certains travers du monde de la télévision. Bien que le livre nous laisse l’envie de savoir ce qui se produit pour de bon avec le reality show (qui, comme dans En attendant Godot, n’arrive jamais) la grande vertu de Rating réside dans la dissection de cette frange où la vie et la télévision se fondent.

 

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ARTICLE # 3

« L’ŒIL DANS LA PAILLE », RATING D’ALBERTO BARRERA TYSZKA

PAR ADLAI STEVENSON

 

PAGINA 12, FÉVRIER 2012
SOURCE

 

Dans l’industrie de la télévision il n’y a qu’une seule chose qui compte, et c’est celle qui donne son titre à ce roman. Tout le reste est accessoire. Tout le reste peut se discuter, se modifier, se remettre en question, se négocier. L’audimat, non. Si une émission ne donne pas les résultats d’audience escomptés, elle s’achève et c’est tout, quelque soit l’attachement du public, quelque soit sa qualité, quelques soient les commentaires positifs qu’elle suscite, quelque soit l’investissement pour la chaine qui l’a produite. À la télévision, l’audimat catapulte un navet à la catégorie de chef d’œuvre ou enterre dans l’oubli un produit significatif. Tout à la télévision dépend d’un chiffre.

Alberto Barrera Tyszka le sait : il a écrit des livrets de feuilletons durant vingt ans pour les chaines de divers pays. Il connaît par le menu la mécanique du mélodrame, de même que tous les rouages requis pour mettre cette histoire sur une grille de programme. Il connaît les réponses du public, les réactions des vice-présidents et producteurs d’une chaine, les travers de ses collègues, les motivations des acteurs débutants et des plus chevronnés. Et tout cela il le partage dans ce roman, dans lequel les destins de trois représentants de cette industrie se tressent autour d’une idée farfelue.

Manuel Izquierdo est un scénariste qui vient d’avoir cinquante ans. Certaines de ses pièces ont été accueillies par de bons chiffres d’audience, mais maintenant il est un peu dans une mauvaise passe, cela fait des années qu’il ne parvient pas à un vrai succès. Il est cynique, intelligent, têtu ; à un moment il exprime son désir d’écrire un manuel dans lequel il partagera tous les secrets de son travail, qu’il pense intituler Instructions pour faire pleurer une femme. Rafael Quevedo est vice-président des Projets Spéciaux dans la programmation, ce fut un producteur à succès mais il traverse lui aussi dans une mauvaise passe, bien qu’il planifie son grand retour. (On sait que lorsqu’un haut personnel de l’exécutif d’une compagnie est envoyé aux Projets Spéciaux, c’est parce que l’on est sur le point de le mettre dehors ; les Projets Spéciaux sont la dernière opportunité de sauver sa peau.) Son assistant est un jeune homme qui vient juste d’arriver sur la chaine, Pablo Manzanares, étudiant en Lettres, fils d’un ancien employé de l’entreprise.

« L’une des grandes tragédies de l’industrie de la télévision ce sont les idées. Parce que tout le monde a des idées. Les propriétaires de la chaine, les présidents des corporations, les enfants des propriétaires de la chaine, les gérants, les directeurs de domaines, les neveux des propriétaires, les responsables de la comptabilité… » (p.14). Et Rafael Quevedo a une idée qui sortira la chaine de la deuxième place de l’audimat et lui des Projets Spéciaux. Rafael Quevedo a la grande idée de faire un reality show avec des indigents. Oui. Tous ouvrent la bouche, mais l’homme est convaincu : « Nous devons prendre conseil auprès du département juridique, soigner les formes, qu’on ne viennent pas nous faire suer maintenant avec cette mode des droits de l’homme », dit-il. Il charge Pablo de chercher des indigents et Izquierdo de bâtir une histoire autour de chacun d’eux, pour insuffler davantage de drame à la chose. Dans le processus, ils conviennent qu’il vaudrait mieux le faire avec des victimes de l’hiver, presque la même chose mais avec un « contenu social ». Le gagnant remportera une maison.

Tandis qu’il dessinent toute la stratégie, Pablo et Manuel se réunissent, et c’est à travers leurs conversations que nous découvrons le cynisme du scénariste et la personnalité encore pusillanime de l’assistant, qui avec le temps se décillera. « Dans les feuilletons, les femmes n’ont d’autre préoccupation que les hommes ni d’autre destin que le mariage » (p.16) ; « Personne ne s’intéresse à l’amour. L’audience, dans le fond, ne veut voir que les difficultés de l’amour. Tout le monde sait, avant le début, comment se terminera l’œuvre. Tout le monde sait ceux qui resteront ensemble et seront heureux. La seule chose que l’on veut voir c’est ce qui se trouve au milieu : combien il leur en coûte de parvenir à cette fin » (p.186) ; « un feuilleton se construit jour après jour avec trente pourcent d’information nouvelle et avec soixante-dix pourcent de redite » (p.153) ; « C’est une loi implacable du mélodrame : l’objet de ta vengeance est, aussi, l’objet de ton amour » (p.66)

À mesure que tous les trois avancent leur partie du merveilleux reality nous allons découvrant les coulisses du mélodrame télévisé, nous nous souvenons des anciennes gloires de la radio qui migrèrent vers le petit écran ou restèrent en chemin, nous apprenons les trucs des vieux scénaristes, nous connaissons la mécanique aussi bien des histoires que de l’industrie qui les promeut. C’est un portrait – bienveillant parfois, parfois amer – de ce produit unique de l’Amérique latine qu’est le culebrón, le feuilleton. «Tout le monde sait que la vie même n’est jamais aussi excitante, aussi mouvementée, que les vies qui sont racontées dans un feuilleton télévisé. Dans la vie même, une seule personne ne peut se retrouver paralysée, amnésique et aveugle, plusieurs fois et de façon successive, en moins de six mois. Dans la vie même, le cousin de la sœur d’un oncle n’est pas presque toujours ton vrai père, qui il est vrai a été emprisonné quelques années, après avoir joué les contrebandiers mais avant de devenir prêtre. Dans la vie même nous avons tous d’autres devoirs mis à part tomber amoureux » (p.110).

Mais ce n’est pas tout : chacun de ces personnages a sa propre vie en dehors de la chaine, de l’émission. Pablo se dispute avec un ex policier qu’on surnomme Côtelette, cesse d’être amoureux d’une ancienne camarade de la faculté et retombe amoureux, perd son innocence avec une petite actrice en quête d’opportunité, rend visite à son père à l’hôpital psychiatrique, se saoule avec Randy, son compère…. Manuel Izquierdo commence à écrire une sorte de mémoires et à dicter à Pablo ses Instructions pour faire pleurer une femme : «  les larmes des femmes se divisent en trois catégories. Le gémissement, le pleurnichement, le sanglot …» (p.132), il se souvient de ces anciennes amours et des époques d’excès et de splendeur. Rafael Quevedo va de l’avant, déterminé à remettre à flot la chaine et ainsi sa vie à l’endroit…Un roman très prenant et très bien construit, qui renforce chez le lecteur certaines idées qu’il a certainement de la télévision, mais qui montre en même temps le côté touchant et beau d’un genre qui, selon beaucoup, définit l’âme latino-américaine : « Ce fut le grand moment de notre industrie. Nous avons enfin compris que le kitch pouvait aussi être un produit d’exportation » (p.30)

Pour qui en douterait encore, sur ce lien on peut voir une conférence de l’auteur sur le mélodrame intitulée « Comment mourir d’amour ». Elle est aussi amusante que le roman.

 

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ARTICLE # 4

RATING : TROISIÈME ROMAN D’ALBERTO BARRERA TYSZKA

PAR ROBERTO LOVERA DE-SOLA

 

ARTE EN LA RED, 17 NOVEMBRE 2012
SOURCE

 

Il y a déjà un moment que nous souhaitions organiser un Cercle de Lecture en présence d’Alberto Barrera Tyszka (1960) qui avec ses trois derniers livres, La maladie (Caracas : Alfa/Anagrama, 2006 ; Paris, Gallimard), histoire attachante de la relation d’un fils avec son père ; son recueil de nouvelles Crímenes (Barcelona : Anagrama, 2009) et maintenant Rating (Caracas : Alfa, 2011), est devenu l’un des écrivains vénézuéliens d’aujourd’hui avec une audience internationale constante. Et cela parce que La maladie en plus de l’important prix Anagrama, qui l’a lancé sur la scène littéraire mondiale, a été traduit en anglais, français, mandarin, italien, hollandais et l’on vient d’en vendre les droits à un éditeur de Turquie où le livre paraîtra dans la langue de cette nation.

Auparavant, son livre Hugo Chávez, sin uniforme (Caracas : Debate/Mondadori, 2005) écrit conjointement avec sa femme la journaliste Cristina Marcano, a été l’objet, en plus de son édition en castillan, réalisée à Caracas, par Mondadori, de versions en anglais, portugais, italien, japonais et russe. Cela nous montre ce que l’on obtient lorsque l’on met de bons livres entre les mains d’éditeurs distingués, tels que la maison barcelonaise Anagrama.

 

LA TÉLÉVISION

Maintenant Rating nous plonge dans le monde de la télévision, qu’il connaît du dedans, en tant que scénariste éclairé de feuilletons, toujours proche de notre grande figure dans ce domaine, José Ignacio Cabrujas (1937-1995).

Nous pensons que nous devons, avant d’entrer dans ce livre, l’un des rares que l’on a écrit sur elle parmi nous, signaler que les origines de la télévision (vision à distance) peuvent être pistées jusque chez Galilée Galilei (1564-1642) et son télescope. Cependant, ce n’est qu’en 1884, avec l’invention du Disque de Nipkow de Pazukl Nipkow que l’on fit une avancée remarquable pour créer ce media, aujourd’hui essentiel à la vie contemporaine. Le changement qui mènerait à la télévision telle que nous la connaissons fut l’invention de l’iconoscope de Phillip Taylor Farnsworth et Vladimir Zworkyn. Cela déboucherait sur la télévision complètement électronique, qui disposait d’une boîte magique bien meilleure, avec une plus grande définition de l’image et un éclairage propre. Les premières émissions publiques de télévision furent effectuées par la BBC en Angleterre en 1927 et CBS et NBC aux Etats-Unis en 1930. Dans les deux cas, des systèmes mécaniques furent utilisés et les programmes n’étaient pas émis avec un horaire régulier. Les émissions programmées débutèrent en Angleterre en 1936, et aux Etats-Unis le 30 avril 1939, quatre mois avant le début de la Deuxième Guerre Mondiale, le 1er septembre de cette année-là. Ce 30 avril coïncida avec l’inauguration de l’Exposition universelle de New York. Les émissions programmées s’interrompirent durant la guerre, pour reprendre à la fin du conflit.

C’est ainsi qu’en 1945 nous avons pu commencé à parler de l’époque de la télévision. Nous y vivons actuellement.

 

LE FEUILLETON TÉLÉVISÉ

Et en Amérique latine, dans la Cuba démocratique antérieure à la Révolution, surgit le feuilleton télévisé, adaptation du feuilleton pour une large audience, d’abord via la radio puis le petit écran, devenu aujourd’hui, malgré ce que l’on peut en dire, le grand genre populaire de notre époque. Son étude ne s’est pas arrêtée.

Et c’est justement le thème du feuilleton télévisé qui a donné matière à Alberto Barrera Tyszka pour écrire ce savoureux roman, dont le commentaire nous réunit ce soir. Mais avant de passer au livre nous devons signaler que la signification de ce que sont la télévision et le feuilleton télévisé a préoccupé les spécialistes vénézuéliens de l’audiovisuel, au moins depuis qu’en 1967 Antonio Pasquali a publié El aparato singular [L’appareil singulier] (Caracas / Universidad Central de Venezuela, 1967) et quelques années plus tard les études de Marta Colomina : El huesped alienante [L’hôte aliénant] (Maracaibo : Universidad del Zulia, 1968). Et ensuite, sur le feuilleton télévisé cette fois, son livre La celestina mecánica (Caracas : Monte Ávila editores, 1976) après l’étude de Cabrujas Y Latinoamérica inventó la telenovela (Caracas, Alfadil/Icrea, 2002) Carolina Espada : La telenovela en Venezuela (Caracas : Fundación Bigott, 2004) et récemment les livres de Carolina Acosta : Venezuela es una telenovela (Caracas : Alfa, 2007) centré sur l’analyse du feuilleton télévisé Cosita rica de Leonardo Padrón puis le livre Valentina Alvarez : Lágrimas a pedido (Caracas : Alfa, 2007).

Tous ces travaux accompagnés du célèbre « Juicio a la televisión venezolana » (www.analitica.com : Caracas, 3 octobre 2012) de Renny Otolina (1928-1978), notre premier homme de télévision.

Avec le temps, la boîte magique est apparue dans notre premier roman sur la télévision, El mago de la cara de vidrio (Caracas : Monte Avila editores, 1973) d’Eduardo Liendo (1941) et un an plus tard dans El mono aullador de los manglares (Caracas : Grijalbo, 2000) de Ibsen Martinez et aujourd’hui Rating.

Dans Rating nous trouvons l’histoire humaine des chaines de télévision, de ceux qui écrivent ces mélodrames, qui s’enracinent dans les œuvres du grand écrivain français Alexandre Dumas père (1802-1870). Ce n’est pas en vain que son grand roman Le comte de Montecristo (1846) fut le modèle d’après lequel notre grand Cabrujas a écrit les siennes, surtout La dueña (1986), le meilleur feuilleton télévisé de tous les temps, version libre du roman du français.

LA TRAME

Dans Rating un jeune étudiant de Lettres, Pablo, qui souhaite devenir écrivain, entre dans une chaine pour écrire des séries dramatiques. Et là a lieu une rivalité avec celui qui sera son chef, un scénariste chevronné.

Mais Rating est aussi l’histoire humaine de deux personnes qui travaillent dans ce milieu : l’une avec une longue expérience, fête ses cinquante ans, et l’autre, jeune, devant qui s’ouvre tout un panorama nouveau.

Et devant eux se dresse ce qui les inquiète toujours, obtenir que le rating, l’audimat, soit favorable à leurs créations, que les bons chiffres soient avec eux. C’est pourquoi nous lisons : « Tous, sur la chaine, cherchent un miracle. Mon chef croit que ce miracle ce sont les indigents » (p.20). D’où l’idée d’intervenir (p.18), c’est-à-dire, « nous allons intervenir sur ce qui arrivera dans l’émission, me dit-il alors avec une certaine ironie. À la télévision la réalité est aussi un spectacle, Pablito. Ici même un incendie requiert un scénario » (p.17-18). Ils souhaitent donc intervenir. Que signifie ce mot à la télévision ? Bien qu’ « aucun de ces concepts (p.18) ne corresponde très aisément à ce que voulait dire mon chef. Il avait dans la tête un autre mot. La télévision fonctionne avec un autre dictionnaire… Il nous faudra y mettre un peu de scénario, changer certains témoignages. Nous devons transformer la merde de ces gens en histoire d’amour, en récit de succès, tu saisis ? » (p.19).

En se triturant la cervelle sur ce qu’il faudrait faire, le plus ancien dit : « À cet instant-là, soudain, j’eus l’idée d’une intrigue pour un film. C’est une déformation professionnelle : je suis scénariste. Il y a trop longtemps que j’écris des scénarios pour la télévision. Cela m’arrive très souvent quand je vois ou écoute quelque chose, et même avec mes propres expériences. Je pense toujours en termes de télévision » (p.24).

 

POURQUOI ÉCRIRE ?

Mais il est impossible que ceux qui écrivent des feuilletons télévisés ou des scénarios pour la TV ne soient pas aussi des écrivains (p.26-27) : « Écrire est pour moi un travail préventif. Demain, s’il se passe quelque chose, ces lignes m’aideront peut-être à savoir qui je suis. Qui j’ai été » (p.27). D’où le fait que la question de l’écriture se pose, avec toutes ses connotations, à ceux qui conçoivent et rédigent les scénarios, genre surgi du riche ventre de l’écriture théâtrale. D’où cette observation sur l’art d’écrire des scénarios : « Izquierdo a dit que, à la télévision, les bonnes idées sont celles que l’on peut résumer en une seule ligne » (p.75). Ce qui le conduit à chercher la manière « d’écrire un roman sur une bande d’indigents qui s’organise et parvient à contrôler toute la ville » (p.79), chose qui se produit dans la littérature latino-américaine dans la nouvelle de José Donoso (1924-1996) « Les habitants d’une ruine inachevée » de son Quatre pour Delfina (Barcelona : Seix Barral, 1982 ; dans Nueve novelas breves. Madrid : Alfaguara, p.293-343). Il ne faut pas oublier que le Chilien fut un maître réputé pour ce qui est de l’écriture de courts romans.

 

LA TÉLÉVISION

Mais Rating construit aussi une réflexion sur la télévision. Nous lisons que les deux positions à son sujet sont : « Lorsque j’ai annoncé à mes amis il y a des années que je commencerais à travailler pour la télévision, les réactions furent immédiatement divisées. D’un côté, où abondaient mes amies, se joignirent les voix critiques qui pensaient que la télévision était dégoutante, qu’elle se contentait de reproduire la culture dominante et le mauvais goût, qu’elle abêtissait les gens et promouvait tute sorte d’antivaleurs. De l’autre côté, où abondaient les hommes, on minimisait tout questionnement et on applaudissait à mon entrée dans l’industrie » (p.67).

Mais les amies, avec malice, « avaient de grandes fantaisies au sujet des actrices que je connaîtrais et que, certainement, je finirais par mettre dans mon lit. Pour eux, j’étais déjà dans l’antichambre d’un lupanar inénarrable. On ne m’avait pas offert un travail mais une orgie » (p.66-67).

Et tout cela parce que beaucoup pensent, comme l’auteur de ce travail, que la télévision est un monde fou et à la fois cohérent ; ses réalisations sont là pour le proclamer. Bien entendu, sans oublier le reste.

Il fallait penser, comme on le lit dans le roman de Barrera Tyszka ; « ce n’est pas de l’art, c’est de l’industrie » (p.73), « La télévision parvient à faire que les absurdités les plus énormes nous semblent parfois sensées, cohérentes. C’est là sa mission, son destin : offrir une logique. Quotidiennement elle invente, produit ou réitère différents sens de la réalité. Elle les rend digestes, potables. La télévision rend vraisemblable n’importe quoi » (p.81). Et cela parce que « Rien n’est impossible à la télévision, tu le sais » (p.86).

Le noyau de la télévision est aujourd’hui le feuilleton, c’est pour cela que le grand spectacle populaire d’aujourd’hui, un spectacle latino-américain, mais surtout caribéen, est né sur la CQM cubaine à la fin des années quarante. C’est là que devient vrai ce qu’en dit Cabrujas, qu’elle est « un fabrique de mythes et un spectacle de sentiments », le spectacle des « larmes sur commande » qu’a écrit Valentina Alvarez ou le grand classique, du cubain Felix B. Cainet (1892-1976), le créateur de El derecho de nacer [Le droit de naître] disant dans un entretien avec Gabriel García Márquez à La Havane, « les gens aiment pleurer ». Je leur en donne la raison ». C’est pour cela que le feuilleton est devenu « le grand responsable de l’éducation sentimentale du continent » (p.199).

C’est pour cela que la télévision vit de la souffrance. L’important est ce que l’on ressent. Et si ce que l’on ressent est douloureux, alors c’est d’autant plus important, c’est plus authentique. C’est la première que j’ai apprise dans cette affaire. Dans le feuilleton, la souffrance est un aval, c’est notre dénomination d’origine » (p.109). Parce qu’en regardant un feuilleton « on souffre beaucoup, tout le reste n’est qu’ornement, décor. La seule réalité est la souffrance » (p.109-110), ainsi « Le sens de la vérité et du mensonge, dans le feuilleton, n’est donné que par sa capacité à émouvoir. Le réel est le sensible. Le vraisemblable réside dans les affects. C’est la seule nature de mon travail : l’excès sentimental » (p.111).

LE RATING : LA CLÉ DE LA TÉLÉVISION

« C’est peut-être ce qu’a la télévision. Cette compétition, cette guerre du rating. Elle te prend et ne te lâche plus. C’est comme une décharge continue de suspens, d’émotion. Tout le monde est électrique, en haleine, jour après jour…le rating est la drogue qui fait bouger la chaine » (p.94), « Le rating descend, ils sont désespérés » (p.113), « il n’y a rien de plus addictif que le rating » (p.126), « le rating est un dieu pervers et implacable. Il ne connaît pas la pitié. S’il te bénit tu entres au paradis. S’il te châtie, prépare-toi. Tu ne seras plus personne » (p.247), « Un mauvais rating est comme une plaie que personne ne souhaite avoir près de soi » (p.250), « Rien n’a vraiment d’importance. Tout est remplaçable. La seule chose réellement nécessaire c’est que l’écran soit toujours allumé » (p.263), lit-on alors qu’il ne manque plus qu’à peine neuf lignes pour que le roman s’achève.

Le rating est ce qui justifie tout à la télévision. « Heureusement, Cœur de femme a été un succès. Là, pour la première fois, j’ai connu de près les bontés du dieu rating » (p.102), dit le scénariste.

(Présenté au Cercle de Lecture de l’Association de voisins de La Lagunita, le mercredi 3 octobre 2012.)

 

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ENTRETIEN # 1

L’ABC D’ALBERTO BARRERA TYSZKA. ÉCRIVAIN ET ROMANCIER

PAR MANUEL FELIPE SIERRA

 

ABC DE LA SEMANA, JANVIER 2012
SOURCE

 

Le pouvoir et la société se sont organisés autour de Chávez. Croire en l’alternance et au changement est déjà une victoire pour les Vénézuéliens. Il y a une réjouissante émergence de nouveaux narrateurs et des travaux d’enquête journalistique, souligne le narrateur et chroniqueur de la presse nationale.
Il appartient à la génération de César Miguel Rondón, Leonardo Padrón, entre autres, qui ont assumé l’héritage de José Ignacio Cabrujas et Salvador Garmendía dans la réorientation du feuilleton vénézuélien. Mais en plus il est reconnu comme l’un des romanciers vénézuéliens au plus grand rayonnement international, et il maintient depuis plusieurs années une chronique hebdomadaire dans le quotidien El Nacional. Depuis quelques semaines son dernier roman, Rating, est demandé dans les librairies. Alberto Barrera Tyszka offre ses réflexions aux lecteurs de ABC de la Semana.

 

« La possibilité qu’il n’y ait pas une seule version de l’histoire fait du bien au pays »
Alberto Barrera Tyszka

 

Ton dernier roman, Rating, par son titre, renvoie logiquement à ton travail d’écrivain de feuilletons télévisés. Mais en plus, il correspond à une certaine tendance de tes livres courts, emphatiques, comme La maladie, ton roman précédent distingué en Espagne par le prix Heralde 2006.

Disons que l’idée du roman bien qu’il s’agisse d’une histoire dans le contexte de la télévision, a beaucoup à voir avec certaines passions humaines, et la façon dont sur une chaine de télévision connaissant une crise d’audience, un type cynique de retour se voit obligé à travailler avec un jeune homme plein d’illusions et comment ces deux vies se croisent. Et comme tu le dis justement, le titre essaye de donner une sorte de définition de ce qu’est cette angoisse sur le marché. Le roman est plus ou moins lié à la réalité, dans la mesure où il y a un vice-président d’une chaine en crise qui pense qu’il peut obtenir un rating important en inventant un reality show avec des laissés-pour-compte. Et justement, je pense que la réalité dépasse la fiction quand je vois un peu ce qui arrive aujourd’hui dans le pays, avec la question des laissés-pour-compte.

 

En plus de ton expérience à la télévision, tes romans ont connu le succès et tu es l’un des écrivains vénézuéliens avec le plus d’audience internationale, largement connu du public au Mexique où tu as travaillé longtemps, et aussi du public espagnol. Comment vois-tu la littérature latino-américaine depuis l’extérieur ?

Il y a un élément important. Longtemps, tous les écrivains latino-américains souhaitaient passer par l’Espagne, ou nous pensions que la légitimisation de nos œuvres se trouvait en Espagne.

 

Cela a commencé avec le célèbre « boom » latino-américain des années 60 ?

Exactement. Ce qui arrive c’est que la crise économique mondiale a fini par renvoyer la balle et d’une certaine manière, les maisons d’édition espagnoles aujourd’hui reconnaissent et pensent qu’elles vont devoir vivre de la production de l’Amérique latine. Les lecteurs espagnols ne veulent plus d’écrivains latino-américains qui « fassent un coup d’éclat », « un tabac » en Espagne, mais des écrivains latino-américains qui se vendent bien sûr en Espagne, mais aussi en Amérique latine, parce que l’on reconnaît que l’Amérique latine est un marché important.

 

Et en plus en expansion…

Oui, parce qu’en plus beaucoup de choses sont en train de se faire. Je crois qu’avant la littérature latino-américaine était comme une seule marque et que cela était lié au « boom », au « réalisme magique », mais il y a une grande diversité de la littérature latino-américaine, on écrit des choses très différentes, et la diversité est un peu aussi ce qui la définit et cela est très significatif.

 

Tu as travaillé longtemps à la télévision mexicaine et tu connais bien ce pays. Tu as récemment participé à plusieurs manifestations dans des villes mexicaines. Aujourd’hui, la société mexicaine est secouée par le phénomène de la violence, la guerre des cartels et l’explosion du trafic de drogue. Comment cette activité intellectuelle se déroule-t-elle dans un climat aussi convulsif ?

La présence du trafic de drogue a toujours été très forte dans la mesure où c’est un pays frontalier, ce qui facilite un grand transit vers le grand pays consommateur que sont les États- Unis. Mais il y a ici l’ingrédient du gouvernement de Calderón qui d’une certaine manière signifie l’État déclarant la guerre au trafic de drogue et cela a mis le pays dans une situation très difficile, très agitée, avec une violence spectaculaire et un solde de 50 000 morts par an.

 

FACE À UNE ANNÉE D’ÉLECTIONS

C’est une véritable guerre…

Oui, bien sûr. Il y a une guerre entre cartels, il y a une guerre de l’Armée contre le trafic de drogue et il y a une violence de 20 assassinats quotidiens, d’exécutions après lesquelles on jette les têtes des victimes dans la mer, de personnes pendues à des poteaux. Alors, il y a quelque chose qui secoue beaucoup la société tout le temps, c’est la violence qui s’étend du nord vers le reste du pays. Je crois que c’est une société qui se représente un peu à partir de cala et bien sûr, face à une année d’élections cela complique aussi le panorama.

 

Une année électorale qui promet le retour du PRI…

Entre autres choses, c’est ce qu’on dit, que ce sera le retour du PRI. La résurrection de ALMO aussi, de López Obrador, une personne en laquelle personne ne croyait et qui vient de réapparaître subitement et je crois que cela peut constituer un facteur de polarisation.

 

Penses-tu que López Obrador, qui a dénoncé une fraude durant les élections présidentielles de 2006, pourrait être un facteur décisif à la fin de la compétition ?

Oui, parce que je crois qu’il y a beaucoup de gens disposés à ne pas voter pour le PRI et à donner une chance à López Obrador. Il faudrait voir comment tout cela va se définir, mais cette année s’annonce tendue, polarisée ; le tout sous l’angle de cette question : Sommes-nous une société dominée, gouvernée secrètement par le trafic de drogue ou pas ?

 

Comme ce qu’a vécu la Colombie pendant longtemps et continue à le vivre d’une certaine manière. Mais dans le cas du Mexique, comme tu le soulignes, les choses sont aggravées par la proximité du grand marché de consommation que sont les Etats-Unis.

Bien sûr. Depuis 10 ou 15 ans, les chiffres ont commencé à révéler l’augmentation de la consommation interne au Mexique et l’une des explications apportées est que les narcotrafiquants ne payaient plus avec de l’argent parce que l’opération était très difficile et payaient avec de la marchandise, il fallait donc que la consommation augmente au Mexique, ce qui a amené de nouveaux problèmes à la société mexicaine.

 

Pour en revenir au Venezuela, on perçoit dans le pays une sorte de « boom éditorial » dans des proportions encore très modestes, mais il y a une émergence de nouveaux écrivains, on publie de nombreux romans et des travaux de journalistes et il y a comme une revalorisation de nos narrateurs.

Je n’ai pas peur de le dire bien qu’il y ait des gens qui n’aiment pas le terme, moi oui je crois qu’il y a un réveil de nous autres Vénézuéliens et même en nous apercevant que nous ne sommes pas aussi non lecteurs que nous le pensions ; que nous sommes une société qui lit effectivement. J’ai aussi pensé que pour l’Amérique latine nous sommes par exemple grands lecteurs de journaux, de revues ; et avec cette situation que nous vivons aujourd’hui le journalisme est un peu débordé et nous Vénézuéliens voulons en savoir davantage à propos de notre histoire, davantage sur ce qui nous arrive, comprendre pourquoi nous en sommes là, ce qui nous arrive, et là, le discours de la recherche est présent. Mais également le discours journalistique et même le discours littéraire. Tous ces romans historiques par exemple, qui ont remporté un tel succès dernièrement sont en lien avec cela, je crois.

 

LOI VS MEDIAS

Il y a aussi la question de la télévision. Tu as commencé comme scénariste avec l’apogée du feuilleton télévisé national et quand le produit vénézuélien était côté au plus haut à l’extérieur. Maintenant la situation a changé : il existe l’autocensure et l’ombre menaçante de Conatel. Jusqu’à quel point cela modifie-t-il le comportement des téléspectateurs, disons du public ?

Et bien c’est difficile, parce que le cas vénézuélien est très particulier. C’est-à-dire, la Loi Resorte pèse sur quiconque souhaite réaliser une production nationale de toute nature. Si on veut produire une fiction, on est sous la menace possible de ne pas obéir à cette loi. Alors, cela revient à vivre sous la suspicion ce qui est terrible pour la créativité, parce qu’il faut retourner l’œuvre dans tous les sens, parce qu’il faut faire très attention à ne la transgresser d’aucune manière. Cela se produit avec les feuilletons télévisés qui reposent sur les conflits, et il est compliqué de savoir quand ces derniers transgressent ou pas ce qu’établit la loi. D’autre part, les médias se sentent constamment menacés, et cela fait que leurs productions soient toujours plus prudentes, à la différence de l’époque où les produits avaient des référents réels tirés de la vie quotidienne.

 

Depuis une période antérieure au processus chaviste, tu tiens une chronique hebdomadaire dans journal El Nacional, et tu y analyses la politique vénézuélienne à partir de la perception des gens, de la vie, plus que des formulations théoriques. Quelle est ta vision du pays en ce moment et les possibilités au regard des prochaines consultations électorales ?

Tout est très complexe et difficile. Il y a différentes choses qui me semblent encourageantes. Tout d’abord, je te dirais que quelque chose de très important est que l’alternance est devenue maintenant une hypothèse crédible, c’es-à-dire, il est clair que le chavisme se verra obligé de prendre en compte la possibilité de l’alternance et du changement, et je crois que cela est déjà une victoire pour la société vénézuélienne. Parce que lorsque ce gouvernement s’est mis en place d’une certaine manière l’idée d’alternance s’est retrouvée en suspens parmi les Vénézuéliens. La révolution était pour toujours, pour l’éternité, et ne s’achevait que lorsque ses objectifs finaux se concrétisaient et d’une certaine façon le gouvernement et le pouvoir parlaient toujours depuis l’éternité et le fait que maintenant le changement commence à être une idée, bien que fragile encore, il me semble que c’est un grand pas en avant. Bien entendu, il nous manque énormément de choses en tant que société ; je crois que l’une des choses qu’il convient de faire est de dépolariser le pays, je crois que la polarisation nous rend médiocres, nous simplifie, et je crois que seule la complexité peut nous sauver en tant que Vénézuéliens, que société. Fondamentalement, la polarisation sert le gouvernement.

 

Et c’est pourquoi elle l’encourage…

Évidemment, ce n’est pas un secret, le message de Chávez à ses partisans a été qu’il faut re-polariser. Je crois que depuis l’opposition et le reste de la société ce qu’il faut penser est plutôt comment nous voir avec une complexité en quelque sorte plus grande que cette simplicité du qui n’est pas avec moi est un putschiste, un apatride, etc.

 

Ce qui signifie que tu paries sur un scénario optimiste à court terme…

Je suis optimiste par nature, bien que l’optimisme soit quelque chose d’irrationnel je vais l’être et j’aspire à ce que oui, je crois que parmi les scénarios posés l’opposition est pour la première fois fermement unie et a beaucoup appris. Nous venions d’une grande tradition d’erreurs et tout cela a eu un prix très élevé, mais c’est un effort important. Bien entendu, encore plein de faiblesses et de risques qu’il faut assumer, en plus de l’existence d’un pouvoir qui connaît les faiblesses et les fractures de l’opposition et qui tentera de les approfondir par tous les moyens. Autrement dit une année encore, d’ici à octobre, très difficile pour nous.

 

Il y a une question très importante pour la situation politique qui est l’évolution de la maladie de Chávez.

Oui, de toute évidence, parce que c’est une société et un pouvoir qui se sont organisés autour de la personne de Chávez. S’il y a un régime personnaliste dans le monde c’est celui-ci, encouragé par Chávez et avec la complicité de tous ceux qui l’accompagnent et qui savent qu’ils ne parviendraient même pas au coin de la rue sans lui. Ici le charisme s’est transformé en une espèce de système, alors quand survient un imprévu aussi terrible que la santé, cela met soudain en crise tout sans qu’il y ait de coupables.

 

L’aggravation de la santé de Chávez serait un dénouement curieux parce que l’on ne pourrait pas parler de victoires ni de défaites politiques.

Oui, tout à fait inattendu. C’est l’histoire que l’on est sur le point de voir et nous ne savons pas encore ni ne le pouvons, en prévoir le dénouement.

 

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ENTRETIEN # 2

ENTRETIEN AVEC ALBERTO BARRERA TYSZKA

PAR ALBINSON LINARES

 

7 JUIN 2012.
SOURCE

 

Pablo Manzanares, Manuel Izquierdo et Rafael Quevedo sont les trois axes de l’œuvre la plus récente d’Alberto Barrera Tyszka. Différents à première vue, difficiles à comprendre et profondément obsessionnels, ce trio d’hommes configure le triangle parfait pour que le narrateur vénézuélien s’étende sur les grandeurs et les misères du petit écran, thème principal de Rating, son dernier roman.
Manzanares semble représenter l’innocence perdue, un jeune étudiant de Lettres aspirant poète qui arrive par hasard sur une chaine de télévision comme assistant. Izquierdo est un scénariste dans la cinquantaine, critique de tout, qui commence à endurer toutes vicissitudes de la maturité. Quevedo, le personnage le moins marquant, est un gérant obsédé par les mesures de share et sa « deuxième chance » face à la gérance et au public, un individu prêt à tout pour démontrer qu’il est un génie de la télévision commerciale qui peut innover dans cette technique étrange qu’est l’écriture de feuilletons.
Barrera approfondit l’un de ces métiers, celui de scénariste de feuilletons télévisés, pour montrer une histoire marquées par de grands questionnements de la masculinité et de son devenir dans le temps. Rating est un roman d’hommes, dont ils sont les protagonistes et semé de doutes sur le rôle masculin dans nos sociétés.
Jouant avec un style impeccable, parodie critique du discours feuilletonesque, l’écrivain nous amène au chaos créatif qui règne sur les chaines de télévision. Victime de ces relations, cet auteur n’hésite pas à lâcher des sentences comme : « Dans les feuilletons télévisés, tout a déjà été écrit, encore et encore, mille fois. On ne dit presque jamais rien de nouveau (…) La télévision vit de la souffrance. Ce qui est important est ce que l’on ressent. Et si ce que l’on ressent est douloureux, alors c’est encore plus important, c’est plus authentique (…) sans commérage il n’y a pas de feuilleton (…) Le rating est un dieu pervers et implacable. Il ne connaît pas la pitié. S’il te bénit, tu entreras au paradis. S’il te châtie, prépare-toi. Tu ne seras personne. Une et mille fois personne ».
Bien qu’une lecture rapide puisse laisser penser que c’est une œuvre centrée sur le monde des comédiens, il ne faut pas nous y tromper. Rating est un profond examen de l’univers masculin et de ses défis à différents âges. Rappelant les œuvres de grands cyniques comme Arrabal ou Houellebecq, dans de nombreuses scènes ce roman laisse la sensation nette de perte, d’inquiétude. C’est le premier roman vénézuélien à s’interroger sérieusement sur la sentimentalité masculine contemporaine, sans tapage ni fausses prétentions, ce vertige d’une virilité qui est souvent superflue.
Barrera conçoit une histoire provocante, menée avec un style sobre et distancié, pour nous montrer un traité véhément sur les effets du temps. Ce n’est pas en vain qu’Izquierdo crie au jeune Manzanares : « Les hommes, nous n’avons pas d’intimité » – et il admet quarante pages plus loin – « L’âge nous rend maniérés, féminins ».
Nous qui avons été élevés en entendant et en regardant autour de nous cette réalité délirante du feuilleton caribéen, nous trouverons dans Rating une grande critique du genre et de ses implications dans notre imaginaire. Mais ceux qui ont éprouvé cette sensation étrange, d’incrédulité face au temps qui passe, verront dans ces personnages un examen impitoyable du devenir. Sans compassion futile, par contre.

 

Combien de temps avez-vous mis à écrire ce roman ?

Cela faisait plusieurs années que je réfléchissais à la possibilité de faire de l’expérience de la télévision un roman. Qu’il soit personnel, parce que l’on utilise les expériences d’autres gens, mais sans être autobiographique. Je voulais que la fiction littéraire y intervienne. Faire un roman où ces personnages comporteraient des choses qui m’appartiennent, beaucoup d’autres gens, et d’autres inventées. J’y ai réfléchi pendant quatre ans, en le décantant et le mâchonnant parce que je ne voulais pas que le thème central soit le feuilleton télévisé. C’est pour cela que je suis tombé dans le reality et que je l’ai écrit pendant trois ans à un rythme différent.

 

La différence avec les précédents romans est notable. Y a-t-il une rupture avec le langage de vos œuvres ?

Je voulais faire quelque chose qui soit plus vénézuélien et de Caracas que La maladie, surtout au niveau textuel avec des références plus nationales et qui comporte un défi narratif différent. Dans La maladie j’ai développé un narrateur à la troisième personne très sec et froid, ici je voulais opter pour deux voix, deux « moi » différents et un autre narrateur omniscient. J’ai voulu que ces trois voix se mêlent et aient un rythme complètement différente.

 

De nombreux lecteurs pensent que Manuel Izquierdo est un personnage complexe qui peut devenir attachant…

Pour beaucoup de gens aussi c’est un cynique ; tous sont pour moi attachants à leur manière. Dans le cas d’Izquierdo, il est construit avec des archétypes littéraires qui pourraient fonctionner dans n’importe quelle corporation : un journal, une entreprise de publicité, une entreprise pétrolière, etc. Il s’agit de l’homme désabusé et cynique qui se voit contraint de travailler avec un jeune rempli d’illusions et d’innocence. La manière dont ces histoires se croisent m’intéresse et ce personnage, désabusé et cynique, finit par céder et aller jusqu’à devenir sentimental.

 

Certains dialogues sur l’âge semblent rappeler Philip Roth lorsqu’il a déclaré que « la vieillesse est un massacre »…

Il arrive des choses à Izquierdo du fait de son âge. Dans le roman il y a une exploration du masculin qui me permet de jouer avec ce personnage qui fête ses 50 ans et qui sent que la moitié de sa vie est déjà passée. Il commence à se sentir face à la mort et au déclin de tout, à l’idée de la perte. Il est indéniable qu’il y a des facteurs rattachés à mon âge en tant que narrateur, il s’agit d’une expérience transformée en texte. Dans mon discours les obsessions existent déjà : la mort, le temps et l’amour, cela tourne autour de nous. Parfois je sens que je suis distrait et elles m’attrapent à nouveau. Dans ma littérature il y a toujours des réflexions sur l’âge, le temps, la violence et la mort liée à la maladie.

 

Pablo Manzanares découvre sa virilité dans le roman, prend possession de son corps et change radicalement. Il y a un grand questionnement du masculin dans ce livre ?

Manzanares a dans les 20-25 ans. Je crois que dans le roman surgit quelque chose que je ne me suis pas posé délibérément dans un premier temps, mais qui est apparu de façon naturelle dans la construction des personnages. Il y a une tentative d’exploration dans l’expérience du masculin, et de ce qu’est l’homme. Dans le cas du jeune homme qui commence à s’affirmer dans sa virilité et dans sa relation ou pas aux femmes et puis il y a le type qui à 50 ans développe d’autres relations symboliques sur ce qu’est être homme et sa relation aux femmes. Je me souviens qu’Izquierdo se sent plus maniéré face à la mort et développe toute une réflexion sur les hommes et l’intimité, qui est très présente dans le roman.

 

La maladie et Rating sont des romans éminemment masculins. Ce choix de protagonistes est-il délibéré ?

Dans tous les deux les personnages principaux sont masculins. Les femmes jouent une fonction spéciale dans les relations amoureuses voire familiales, dans les deux cas, comme dans le cas de Rating où les deux mères sont un élément fondamental. Mais il est vrai que le premier rôle, à partir d’où on raconte, c’est depuis l’expérience masculine, en problématisant même cette expérience.

 

Il y a un questionnement de l’être masculin, face au père et à son rôle dans la société. Pensez-vous que dans le discours historique certains hommes ne se sentent pas à leur place ?

Je sens que dans Rating il y a une relation de l’homme liée à l’expérience professionnelle. On se demande comment se valoriser à partir de l’expérience de l’industrie, dans les rouages capitalistes et comment l’homme commence à se révolter, à sortir de cela et à se demander ce que sont ses expériences en dehors de ce monde professionnel. D’une certaine manière l’expérience masculine résiste à cette pulsion productive que lui impose la société et le monde professionnel. Dans le roman, on pourrait percevoir un message sur le fait que le succès et l’échec sont la même chose, qu’ils viennent ensemble.

 

Alors que nous sommes un pays qui voue une dévotion aux feuilletons, dans notre littérature peu d’œuvres traitent de ce thème. Pourquoi prendre ce risque écarté par d’autres auteurs ?

Je crois qu’au lieu de l’auteur de feuilletons, j’aurais pu choisir des acteurs, mais ils ne fonctionnent pas en tant que personnages. Cela tient peut-être au dédain qui provient des « beaux arts », de l’intellectualité et l’académie pour tout ce qui est media massif. Nous sommes un pays avec une formation pesante dans l’humanisme et la tradition française qui pendant longtemps a éprouvé un dédain majuscule pour tout cela. Quand nous avons commencé à écrire nous étions tous, d’une certaine façon, un peu païens. Quelque chose d’intéressant était l’idée que si tu publiais dans un grand media cela pouvait faire de toi un grand écrivain. C’était comme si ta fonction professionnelle, te consacrer à cela, t’ôtait des qualités littéraires, ce qui est maintenant dépassé, parce que c’est quelque chose de très provincial.
On doit penser que Heinrich Boll ou Peter Handke écrivaient des programmes de radio et des romans radiophoniques il y a très longtemps. En Europe et aux Etats Unis ne parlons pas de nombre d’auteurs qui ont travaillé dans ce domaine, à commencer par Francis Scott Fitzgerald.

 

Les scénaristes sont-ils peu valorisés intellectuellement ? C’est un métier obscur qui permet rarement d’atteindre la notoriété et le succès ?

Dans le fond il y a une posture morale de la société quand on s’aperçoit au service de qui sont les mots ou la fiction. Il y a une vision de l’industrie, que je remets en cause, mais ce sont aussi des manières de travailler. Je crois qu’il y a une forme de résignation chez mes personnages, tous les deux restent là, à travailler pour la chaine. C’est quelque chose de difficile parce que là se mélange une plainte sempiternelle qu’ont eu tous les écrivains au sujet de leur relation avec l’industrie du divertissement. Je pense à Scott Fitzgerald dans ses Histoires de Pat Hobby qui sont des contes merveilleux dans lesquels le protagoniste est scénariste. Bob Schulberg a écrit un roman épatant sur ce thème. Les lettres de Raymond Chandler qui parlent de son expérience à Hollywood sont extraordinaires.

 

Les personnages d’auteurs qui ne se sentent pas à leur place dans l’industrie sont récurrents ?

Dans toutes ces histoires se trouve la figure de l’écrivain qui se croit un génie, comme tout vaniteux, et qui doit entrer dans ce monstre dans lequel il n’est pas l’auteur. Parce que dans les grands media, surtout à la télévision, l’écrivain est un de plus au milieu de l’auteur collectif et c’est pourquoi il y aura toujours un ressentiment.

 

Vous avez pratiqué avec succès divers registres et discours comme la poésie, le feuilleton télévisé, la chronique et la fiction. Avez-vous une préférence pour l’un d’eux ?

Je pense que l’écriture est définie par le media et le genre, c’est très clair pour moi. Pour moi, le feuilleton télévisé est une industrie et un produit déterminé avec un format très rigide dont je ne peux sortir. Le journalisme, c’est pareil, il y a toujours des vases communicants parce que c’est moi qui écris et il y a un sous-sol où se mélangent les images et les idées ; mais lorsque je suis devant l’ordinateur je sais parfaitement ce que je dois faire, pour qui je suis en train d’écrire et pourquoi je suis en train d’écrire. C’est en littérature que je me sens le plus libre. La vraisemblance littéraire est différente de celle de la télévision, du journalisme et cela s’apprend.

 

Vous êtes très exigeant lorsque vous travaillez pour l’industrie de la télévision ? La légende dit que vous êtes capable de réécrire des chapitres entiers, si vous n’êtes pas satisfait…

J’aimerais dire qu’il s’agit de responsabilité et de discipline, mais il y a là de la névrose. J’y suis depuis 21 ans et c’est un métier très exigeant. C’est comme un enlèvement. Dernièrement j’en viens à penser que, comme dans le journalisme, à 20 ans tu peux aller dans la rue avec un magnétophone et que quand tu en as 50 tu ne le fais peut-être pas, je commence à penser que le feuilleton peut être pareil. C’est un travail dur, écrire est maintenant une simple discipline. Dans la fiction et ailleurs. On ne peut écrire qu’avec de la discipline, il n’y a pas d’autre méthode.

 

Vous publiez des chroniques depuis plusieurs années dans El Nacional. Croyez-vous comme Villoro que ce genre peut être une forme de « littérature sous pression » ?

Dans la chronique il peut y avoir une littérature provisoire, mais pas dans le feuilleton. Ce n’est pas un genre littéraire, l’un de ses composants est le livret, sans plus. Il est aussi important que le jeu d’acteurs, la mise en scène et la production et au bout du compte ce que l’on voit à l’écran est généralement assez éloigné de ce qui a été écrit. Le feuilleton est beaucoup plus proche de l’oralité que le scénario écrit. Dans le feuilleton, il y a une reproduction de l’oralité, on entend plus qu’on ne voit. Il y a un héritage encore très fort de la radio et à cause des conditions de reproduction le commérage est très important, le verbal mais pas le littéraire. Le feuilleton a quelque chose de très intéressant : c’est l’un des rares produits culturels qui change tous les jours. Cela n’arrive pas dans les genres littéraires.

 

Quand vous avez débuté dans cette industrie, c’était une affaire puissante et prospère. Les choses ont changé en 20 ans ?

Le genre a beaucoup perdu dans le pays. Techniquement il n’a rien gagné en 15 ans, l’industrie colombienne s’est développée. Ils l’ont très bien fait, ils ont incorporé de l’humour et bien d’autres choses tandis que nous, depuis les années 80, sur décision de la gérance, nous avons dû penser à un public qui n’était pas vénézuélien sinon nord-américain. On nous demandait de conquérir le marché extérieur. Par ailleurs, tout cela est en relation avec une crise du genre dans le monde, une crise de la télévision ouverte par le boom du câble et Internet. Nous nous trouvons dans un processus très accéléré de transfert de pouvoir. Le pouvoir a été perdu par les media et gagné par les usagers ; en termes marxistes c’est très intéressant parce que auparavant tout le monde se demandait qui était le propriétaire des media et maintenant il s’avère que, depuis quelques années, le propriétaire du media ne vaut rien. L’usager a même le pouvoir de décider de l’horaire où il souhaite voir le produit. La mort de la télévision ouverte arrive au galop et va achever le système que nous connaissons.

 

Comment voyez-vous la dynamique éditoriale dans le pays ?

Cette année l’inflation va stopper ce que nous vivions, une grande consommation des lecteurs. Mais la crise va frapper les librairies, les maisons d’édition et, bien sûr, les lecteurs. Mais je crois réellement qu’il y a une diversité merveilleuse et que l’on publie beaucoup de choses. Il y a des éditions alternatives, des expériences qui parient sur le lecteur, chose qui n’était pas si commune auparavant. Il est nouveau de savoir que les écrivains vénézuéliens ont des succès de vente, même pour la fiction, pas seulement dans le journalisme ou l’essai.

 

Que trouvera le lecteur de Rating dans ses pages ?

J’ai été très attentif à m’en tenir à une fiction littéraire et à construire quelque chose ou le lecteur ne pourrait chercher des référents dans la réalité. Ce n’est pas une histoire d’acteurs, mais c’est un livre qui a beaucoup à voir avec la télévision et les écrivains. J’aime que les gens le lisent comme une vision critique de l’industrie, mais les écrivains ne sont pas épargnés non plus. Cela tient à mes curiosités en tant qu’écrivain ; il y a toujours en tout cas l’imperfection, les misères, la tristesse et la mélancolie. C’est ce qui attire mon attention, ce qui m’émeut et ce qui me plaît. C’est à partir de là que je veux rencontrer le lecteur et comprendre le monde.

 

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