Témoignage sur le camp de concentration La petite école de Bahía Blanca. Par Alicia PARTNOY

 

CONADEPdesaparecidos

Bahía Blanca

Commission Nationale sur la Disparition de Personnes

 

Témoignage d’Alicia Partnoy en écho à la publication de La petite école (lien vers notre catalogue) aux éditions Zinnia.

 

 

Alicia Partnoy

Ceci est l’unique témoignage sur les camps de concentration du sud de l’Argentine et plus particulièrement sur ceux existant dans la région de Bahía Blanca.

 

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Magali Homps

 

 

 

 

 

 

Présentation

Mon nom est Alicia Mabel Partnoy, Argentine, née à Bahía Blanca le 7 février 1955, DIN 11.314.756,

Le 19 septembre 1974 , j’ai épousé Carlos Samuel Sanabria, Argentin, né à Bahía Blanca le 15 septembre 1953, avec qui j’ai eu une fille Ruth-Irupé, qui est née le 28 juin 1975. Nous avons fait nos études à l’Université Nationale du Sud (Bahía Blanca), moi dans le département des Humanités et mon mari en Ingénierie, ayant pour ma part été déléguée de classe et tous deux des membres actifs de la Jeunesse Universitaire Péroniste. Au moment de notre arrestation, mon mari travaillait dans un magasin de pneumatiques « Casa Cincotta ».

Le 12 janvier 1977 à midi, je suis arrêtée par des membres de l’armée à mon domicile, 240 rue Canadá, Appartement 2, Bahía Blanca. Quelques minutes plus tard, les mêmes hommes arrêtent mon mari sur son lieu de travail. On nous transfère au Commandement du Ve Corps de l’Armée et de là dans un camp de concentration : La petite école. À partir de ce moment, nous devenons pour 5 mois deux noms supplémentaires sur l’interminable liste de milliers de détenus-disparus, victimes de la dictature militaire argentine.

Nous sommes restés 3 mois et demi à La petite école, sujets à des tortures physiques et psychologiques, en permanence allongés. Le 25 avril 1977, nous sommes transférés à la prison de Villa Floresta (Bahía Blanca), où, pendant 52 jours, nous n’avons aucun contact, séparés et placés au mitard. Au milieu du mois de juin 1977 – 150 jours après notre arrestation – le Pouvoir exécutif national émet un décret qui nous met à sa disposition. Quelques jours après notre arrestation-disparition, il avait été montré à ma famille, au Commandement du Ve Corps de l’Armée, un papier soi-disant signé de notre main où nous déclarions « avoir été remis en liberté ».

Le 22 août 1977 mon mari est transféré à la prison de Rawson. Pendant son transfert, alors qu’il est menotté et qu’il a les yeux bandés, il est victime de coups violents. Il reste jusqu’au mois d’octobre 1979 dans cet établissement pénal dans des conditions inhumaines de détention. Pour ma part, je suis transférée à Villa Devoto, menottée, les yeux bandés et assise (la tête entre les jambes) sur le chauffage de l’avion pour un voyage avec escales qui dure 10 heures.

Fin 1979, après trois ans de prion on nous autorise à quitter le pays et nous arrivons aux États-Unis, Carlos le 22 octobre et moi avec ma petite fille le 23 décembre 1979.

Ce témoignage est une preuve supplémentaire de l’existence de détenus-disparus en Argentine et de la responsabilité totale qui incombe à la Junte Militaire dans la perpétration de crimes contre l’Humanité.

Je me joins à la demande des familles des victimes et du peuple de mon pays, qui aujourd’hui réclament l’éclaircissement total de la situation des détenus-disparus :

  • Retour en vie des prisonniers disparus
  • Retour des enfants enlevés et nés en captivité
  • Jugement et punition des coupables

Je tiens le Gouvernement militaire argentin pour responsable de toutes représailles qui pourraient être exercées sur les membres de ma famille vivant dans le pays ou leurs biens.

Je me constitue témoin à charge et assume tout ce qui est exposé dans ce témoignage. Je suis disposée à témoigner devant n’importe quel organisme qui enquêterait sur la violation des droits de l’Homme dans mon pays.

Ce qui suit est le récit du cauchemar dans lequel la Dictature militaire nous a plongés (moi et ma famille) pendant 3 ans. Si nous sommes parvenus à sortir vivants de cet enfer, c’est grâce à la pression exercée de l’intérieur et de l’extérieur du pays sur le Gouvernement argentin par tous ceux (personnes ou organismes) qui luttent pour que la Constitution et les Droits de l’hommes soient pleinement en vigueur sur ma terre. C’est pour cela, pour tous ceux qui souffrent encore aux mains de ceux qui se sont emparés de façon sanglante du gouvernement de ma patrie le 24 mars 1976, que j’exhorte à ne pas abandonner cette lutte juste pour la vie et la liberté de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants argentins.

 


 

Détention et torture

Le 12 janvier 1977, j’étais chez moi avec ma fille Ruth Irupé (un an et demi), quand j’ai entendu qu’on sonnait avec insistance à la porte de la rue. C’était midi. J’ai parcouru les 30 mètres de couloir qui séparent mon appartement de la porte principale. Quand je suis arrivée devant, quelqu’un donnait de violents coups de pieds dans la porte. J’ai demandé : « Qui c’est ? » et on m’a répondu : « L’armée », tout en continuant à cogner. À cet instant, j’ai pensé aux milliers d’assassinats, disparitions et tortures, que depuis presque un an perpétrait l’armée. Je suis seulement parvenue à essayer de m’échapper et j’ai couru dans le couloir sautant par dessus le muret de l’arrière de la maison. Alors, on m’a tiré dessus depuis un des toits voisins. Ma fille, qui m’avait suivie dans le couloir en direction de la porte, s’est mise à pleurer. Je n’ai pu ni la voir ni savoir ce qu’ils en avaient fait pendant 5 mois. Je n’ai même pas su si cette balle l’avait touchée. Entourée par 5 soldats, on m’a mise de force dans un camion de l’armée. Face à mes demandes au sujet de ma fille, je ne me souviens que du regard de haine de celui qui devait être le chef de l’opération. Il y avait au moins 3 véhicules militaires dans le pâté de maisons et on avait obligé les voisins à rester chez eux. Tout le cortège s’est dirigé vers le lieu de travail de mon mari, à quelques 15 pâtés des maisons de notre domicile et c’est là qu’ils l’ont arrêté, pour nous emmener tous deux au Commandement du Ve Corps de l’Armée, siège de l’Armée à Bahía Blanca.

C’est là que nous sommes restés, dans des endroits séparés jusqu’au soir, où, après avoir pris nos dépositions les yeux bandés et menottés, nous avons été transférés de la même manière au Camp de concentration. Quand je suis descendue du véhicule dans lequel on m’avait emmenée, j’ai pu distinguer, car mon bandeau était un peu lâche, la façade d’une vieille maison sur le fronton de laquelle on pouvait lire : A.A.A. (Alliance Anti-communiste Argentine), groupe para-policier responsable de nombreux enlèvements, tortures et assassinats et avec lequel l’armée affirme n’avoir aucune relation.

Dans la maison, entre moqueries, cris et mauvais traitements, ils ont pris note des vêtement que je portais et m’ont volé une bague. Ensuite, ils m’ont demandé :

MILITAIRE. Qui sommes-nous ?
MOI. L’Armée.
MILITAIRE. Non, qui t’a arrêté ?
MOI. L’Armée.
MILITAIRE. L’Armée t’a libérée et nous nous t’avons attrapée, nous t’avons trouvée dans la rue.

Nous étions en 1977 et les militaires s’efforçaient de manière cynique et absurde de délimiter les responsabilités de chacun.

Ils m’ont emmenée dans une pièce et m’ont obligée à m’allonger sur un matelas. Là, les mains attachées dans le dos, j’ai entendu toute la nuit des voix d’hommes et de femmes : « Monsieur, de l’eau », « Monsieur, je veux aller aux toilettes », « Monsieur, du pain ». Personne ne répondait. De temps à autre quelqu’un entrait et en frappait certains ou criait des insultes. On entendait des gémissements.

J’ai entendu toute la nuit les cris de mon mari sous la torture. J’ai appris par la suite qu’ils l’avaient attaché nu à un lit métallique et qu’ils lui avaient appliqué de l’électricité (gégène) sur les tempes, les gencives, le torse, les testicules ; j’ai appris qu’ils l’avaient brutalement frappé. Ensuite il m’a semblé entendre ses gémissements dans la pièce voisine. Au matin, quand ils m’ont obligée à me lever les pieds nus, j’ai pu voir – par un jour sous le bandeau – qu’il était étendu sur le sol, qu’il y avait du sang par terre et ils m’ont fait marcher dedans.

Ils m’ont emmenée à l’interrogatoire dans la cuisine, il y avait là cinq ou six militaires, interrogateurs et gardes. Ils ont posé une gégène à côté de moi tandis qu’ils criaient « Machine » (c’est ainsi qu’ils appelaient la torture à la gégène). J’avais une arme sur la tempe et ils appuyaient sur la gâchette. Ils disaient qu’ils allaient tuer ma fille. Ils m’ont frappée et m’ont ensuite cyniquement lu le témoignage d’une femme qu’ils avaient sauvagement torturée. Ils me disaient qu’ils ne me faisaient rien de tout cela, que tout ceci était donc un mensonge – je savais que ce n’était pas un mensonge. Mais ensuite ils ont fait entrer mon mari pour qu’il me raconte sa torture.

Il ne pouvait presque pas parler parce que sa bouche était pleine de plaies et sa langue abîmée car il l’avait mordue quand ils lui avaient appliqué l’électricité. Après m’avoir frappée et m’avoir menacée de me « transformer en savon » (parce que j’étais juive), ils m’ont ramenée dans la chambre en me disant que dans deux semaines, ils reviendraient me chercher et qu’ils allaient me « tuer, si tu ne te souvient pas des choses ». Je sursautais plusieurs fois par jour en entendant le moteur de la voiture des tortionnaires, je pensais qu’ils venaient me chercher. Deux semaines sont passées et ils ne sont pas revenus.

 


Description de La petite école

La vieille maison où se trouvait le camp de concentration est située à l’arrière du Commandement du Ve Corps de l’Armée, à environ 15 pâtés de maisons d’un motel nommé « Tú y yo » – « Toi et moi » – sur le Chemin de la Carrindanga » (chemin de ceinture). L’endroit est appelé « Sicofe » par les militaires. Il est près d’une voie ferrée, on pouvait entendre le passage des trains, les tirs d’essais du Commandement de l’Armée et le mugissement des vaches.

Elle se composait de deux pièces dans lesquelles se trouvaient les lits superposés où nous, les prisonniers, restions couchés. Quand il pleuvait, l’eau coulait par torrents dans les pièces et nous trempait puisque nous ne pouvions pas bouger. Le sol de ces chambres était en bois, avec des trous et des fissures, les murs jaunâtres et les fenêtres, hautes et avec des grilles coloniales, avaient des volets vert foncé. Toujours en épiant sous le bandeau, je pouvais voir depuis mon lit l’inscription A.A.A. sur le mur de l’une des pièces. Il y avait un tableau noir sur le mur opposé. Entre ces deux chambres, il y avait un couloir ouvert avec un sol dallé, où s’installait un garde pour veiller à ce que nous ne bougions ni ne parlions. À cet endroit, il y avait aussi un lit avec un prisonnier. Une grille barrait l’accès à cette partie de la maison. Au bout du couloir, il y avait la salle des gardes, la cuisine et la salle de bains (où parfois nous nous douchions). Une porte menait à la cour, où se trouvait la « salle de torture », les latrines où ils nous emmenaient faire nos besoins et une citerne qu’ils utilisaient pour la torture en suspendant les personnes pendant des heures avec le corps immergé là dedans. Il y avait aussi une caravane où dormaient les gardes. Par la suite, ils ont rajouté une ou deux caravanes pour d’autres détenus-disparus.

Voici le plan approximatif du lieu. En plus de 100 jours, j’ai pu épier à de nombreuses occasion sous mon bandeau, malgré les cotons qu’ils mettaient dessous et le ruban adhésif qu’ils collaient sur notre peau ou les coups que nous recevions lorsqu’ils nous soupçonnaient d’épier. Même si je pourrais parfaitement reconnaître l’endroit si je le voyais, il y a quelques imprécisions dans mon dessin, surtout en ce qui concerne l’emplacement des éléments dans la cour.

 

 


Personnel

La garde était essentiellement composée de membres de la Gendarmerie nationale. Il y avait deux tours de garde de 12 gardes chacun qui, avec quelques variations dues aux changements d’affectations, surveillaient les détenus-disparus par intervalles de deux mois. Il y avait deux chefs de gardes qui contrôlaient par demi journée le « Camp ».

Ces chefs (apparemment des officiels) étaient en charge de la torture lors des interrogatoires et prenaient aussi part aux enlèvements et transferts. Certains gardes participaient aux séances de torture et aux opérations (enlèvements) – ce dont ils se vantaient – et recevaient en échange des primes et avaient le privilège de se partager le « butin ». Tous les gardes avaient la charge de la quotidienne torture physique et psychologique, basée sur la maltraitance et l’humiliation constante que je décrirai par la suite.

Il y avait deux interrogateurs (personnel de l’Intelligence) qui apparemment supervisaient le « travail » des chefs de garde et qui venaient à l’improviste ou quand il y avait de nouveaux détenus. De temps à autre venaient des délégations spéciales, précédées d’un état de nervosité chez les gardes – qui en ces occasions nettoyaient le sol. À l’occasion de l’une de ces visites, j’ai pu voir – par un jour du bandeau – une paire de bottes militaires et une partie d’un pantalon vert olive. De toute manière le bruit des bottes sur le sol en bois était terrifiant – même avant de les avoir vues. Les gardes comme les chefs s’habillaient en civil, s’efforçant à ce que leurs chaussures soient silencieuses pour que nous ne puissions jamais savoir avec exactitude où ils se trouvaient. Il y avait aussi un « médecin » ou un infirmier dans les derniers temps.

Les tours de garde se répartissaient comme suit. 3 groupes de 4, chaque groupe avait un jour de garde, un jour de repos (pendant lesquels ils étaient autorisés à sortir du lieu) et un jour de « réserve » où ils restaient sur place en renfort de la garde, au cas où. Le groupe en renfort avait la tâche d’aller chercher la nourriture au Commandement. Le groupe de garde tournait sur les postes suivants : un dans les chambres, un dans le couloir, un dans la guérite extérieure et le quatrième était mobile. Après des mois passés à être attentive aux bruits, aux voix et aux conversations que l’on pouvait capter entre eux, j’ai réussi à me rendre compte de combien ils étaient et de comment ils s’organisaient. Ils s’appelaient tous entre eux par des surnoms ; les descriptions physiques approximatives, je peux les donner grâce à ce que j’ai réussi à épier sous le bandeaux lâche et parce que les rares fois où nous pouvions nous laver ils se mettaient une cagoule noire et nous retiraient le bandeau.

Le responsable de notre transfert à la prison a été l’officier Núñez (alias Nono), le responsable des « prisonniers spéciaux » (prisonniers politiques) à la prison de Villa Floresta (Bahía Blanca).

 

INTERROGATEURS

▷ « Tío »
▷ « Pelado »

CHEFS DE TOUR DE GARDE

▷ « Chiche » . 22, 23 ans environ. Grand, mince (environ 70 kilos pour 1,80 m). Cheveux lisses, yeux marron, peau blanche, traits réguliers, voix légèrement nasale.
▷ « Turco » .  Entre 26 et 28 ans, grand, plus corpulent que « Chiche », Cheveux ondulés, yeux foncés, sourcils épais se rejoignant.

– Premier tour de garde

DE MI DÉCEMBRE À MI FÉVRIER 1977

▷ « Viejo » . De petite taille, très mince, 40 ans environ.
▷ « Gato-Vaca » . Gros, de taille moyenne, 35 ans environ.
▷ « Gordo-Polo » . Gros, il mesure environ 1,70 m, 21 ans environ. Il disait qu’il était de Neuquén.

D’AUTRES

▷ « Flaco »
▷ « Vaca »
▷ « Indio »
▷ « Perro »
▷ Et cinq autres dont j’ai oublié le surnom.

– Deuxième tour de garde

DE MI FÉVRIER AUX ENVIRONS DU 22 AVRIL 1977

▷ « Abuelo » . Environ 1,70 m, corpulent, mais pas gros, yeux foncés, cheveux foncés, tempes dégarnies. De 35 ans environ, de la Province de Santa Fe.
▷ Heriberto Labayén (alias « Zorzal » o « Vasco ») . Environ 1,75 m, 33 ans, cheveux foncés, lisses, yeux marron, moustache. Sous officier.
▷ « Chamamé » . Environ 1,80 m, mince, 30 ans, cheveux et yeux foncés. De la Province de Corrientes.
▷ « Peine » . Environ 1,75 m. 38 ans à peu près, cheveux foncés et tempes dégarnies, moustache épaisse, yeux foncés. Sous officier.
▷ « Pato » . Environ 1,70 m. 40 ans à peu près. Corpulent, mais pas gros. Cheveux et yeux foncés, moustache brune, zézaiement. Alcoolique. Sous officier.
▷ « Loro » . Environ 18 ans, 1,80 m, mince.
▷ « Bruja » . Prénom Roberto. Environ 1,70 m, mince, environ 20 ans. Il était de la Province de Mendoza.

D’AUTRES

▷ « Tino »
▷ « Perro »
▷ Et trois de plus dont j’ai oublié le surnom.

 

Aux alentours du 23 avril, le premier tour de garde est revenu, mais deux jours plus tard nous étions transférés à la prison et je n’ai pas bien pu les identifier.

 


Conditions de vie à La petite école

Nous étions en moyenne 15 personnes à survivre dans des conditions inhumaines, où à l’incertitude sur ce que nous allions devenir et à la peur permanente de la mort – qui durait pendant de longs mois – s’ajoutait la torture physique et le manque des choses les plus élémentaires à la satisfaction des nécessités humaines.

Obligés à rester couchés, parfois immobiles et sur le ventre pendant de longues heures, les yeux bandés et les poignets solidement attachés (ils  mettaient souvent des menottes aux hommes), couverts d’une couverture sale quand les températures atteignaient plusieurs degrés en dessous de zéro, nous étions obligés de nous couvrir jusqu’à la tête quand la chaleur était forte.

Le bandeau sur les yeux était fortement ajusté, même si parfois certains gardes ne l’ajustaient pas bien, ce qui était utilisé comme prétexte lors du tour de garde suivant pour nous frapper « Pour ne pas l’avoir dit ». Souvent, on nous couvrait aussi les oreilles avec le bandeau. Très souvent, on n’était autorisés à faire nos besoins qu’une fois par jour et après l’avoir demandé pendant des heures. À d’autres occasions, les gardes nous proposaient de nous emmener aux toilettes mais les coups, les bousculades et les mauvais traitements qu’on nous infligeait sur le trajet étaient si nombreux, que nous préférions ne pas y aller.

Lors de l’un de ces trajets aux toilettes, ils m’ont cassé une dent en me poussant contre la grille qui barrait l’entrée des chambres. D’autres fois, ils nous faisaient former un « petit train ». Ils entraient dans les chambres en poussant des cris, et, nous frappant avec un gourdin en plastique, ils nous pressaient pour que nous mettions nos chaussures, que nous cherchions à tâtons autour du lit. Ensuite, ils nous plaçaient en files de 4 ou 5, agrippés aux vêtements les uns des autres, parfois nous pouvions prendre la main de quelqu’un, eux ne le savaient pas et leur but était de nous humilier et de rire de nous, mais ce contact avec une main solidaire nous réconfortait. Les toilettes en questions étaient une latrine sans porte, dans la cour. Pendant que nous faisions nos besoins, nous étions observés par les gardes qui nous insultaient. Nous étions tellement affaiblis que nous nous évanouissions souvent en nous levant pour aller aux toilettes.

Nous étions très sales, nous nous lavions tous les 20 jours et entre temps on ne nous autorisait pas à nous laver les mains, avec lesquelles nous mangions la plupart du temps faute de couverts. Ils nous aspergeaient le corps et les cheveux de poudre insecticide toxique « pour combattre les puces et les punaises ». Pendant que nous nous lavions nous étions observés par les gardes encagoulés et après la douche nous remettions les mêmes vêtements sales. Parfois, lorsqu’ils pillaient les maisons, ils apportaient quelques vêtements « à la campagne » et une fois ils ont obligé tous les hommes à enfiler des chemisiers de femme et des robes pendant que leurs pantalons séchaient. L’objectif était de les humilier. Les jours de grand froid, ils lavaient les hommes au tuyau dans la cour, comme pour les animaux.

Les repas consistaient en un déjeuner à 13 heures et un dîner à 19 heures. Pendant 18 heures d’affilée, donc, nous n’avalions pas une bouchée. Nous vivions avec la faim au ventre en permanence. Moi, j’ai perdu 10 kg, arrivant à 45 kg (je mesure 1 m 64). En plus du peu de nourriture, de la carence totale de sucres et de fruits, notre « stress » permanent faisait que notre organisme consommait plus de calories. Nous tremblions pendant les heures de froid, parfois en été. Nous mangions notre assiette les yeux bandés, assis sur notre lit et l’assiette sur la jupe, appuyée sur l’oreiller. Lorsque l’on nous servait de la soupe ou des aliments liquides, les coups étaient permanents car les gardes voulaient que nous tenions notre assiette droite, ce qui est impossible avec les yeux bandés.

Quand nous avions soif, nous pouvions demander de l’eau pendant des heures sans obtenir d’autre réponse que des menaces et des coups. Parler était interdit et puni par des coups de matraque en plastique, des coups de poings ou la confiscation de notre matelas. Une fois où ils m’ont surprise en train de parler, il m’ont emmenée jusqu’à la cuisine en me bousculant, m’ont obligée à me mettre nue et à me placer sous une goutte qui tombait par un trou du plafond, puisqu’il pleuvait. Je suis restée immobile pendant une demi heure et ensuite ils m’ont donné de grands coups de pieds. Une autre fois, ils m’ont placée dans la même pièce avec mon mari après trois mois sans nous voir. Après avoir passé deux jours à écouter attentivement pour essayer de trouver un moment pour nous parler, nous croyions qu’ils ne nous observaient pas et nous sommes parvenus à échanger quelques mots, mais ils nous entendaient : nous avons été brutalement frappés et bien entendu placé dans des pièces séparées.

Je n’oublierai jamais je jour de mon anniversaire, le 7 février : ils m’ont autorisée à m’asseoir sur mon lit. Il y avait aussi de la musique ce jour-là : ils étaient en train de torturer Carlos Mario D’Ilaqua etHugo Pvonpíndal et le bruit de la radio était supposé couvrir les cris.

Lorsque de nouvelles personnes étaient arrêtées, ils apportaient en général de la bonne nourriture, ils nous disaient que « nous devions être contents » en ces occasions. Le jour où ils ont arrêté « Benjamín » – un jeune homme de 17 ans – ils nous avaient apporté un morceau de fromage pour le dîner. Benjamín – presque un enfant – a été brutalement frappé. Après l’avoir gardé toute la journée sans manger, tour à tour suspendu par les bras et plongé dans le puits et immobile en plein soleil, ils l’ont amené dans notre chambre. Là, ils lui ont attaché les mains à mon lit superposé (j’étais sur le lit du haut). Il est resté là, debout, toute la nuit, nu, à recevoir des coups des gardes qui entraient à chaque instant en disant qu’ils « s’ennuyaient » et qu’ils « voulaient boxer un peu ». Ils le frappaient à l’estomac et il tombait, restant pendu par les mains. Ils l’obligeaient à se remettre sur ses pieds et le frappaient à nouveau. À un moment, j’ai réussi à lui faire passer quelques morceaux de fromage et de pain par dessous la couverture : je devais les placer entre mes orteils et les tendre jusqu’à sa main, car autrement ils pouvaient nous surprendre.

Le climat de violence était permanent, ils nous menaçaient constamment en pointant leur arme sur notre tête ou notre bouche. Une fois, un des gardes qui était immobile en face de mon lit a laissé échapper un tir dans la chambre, cela aurait pu être fatal.

Il y avait des choses insolites : un jour, ils nous ont apporté à tous des brosses à dents et du dentifrice, nous n’avions rien, nous ne nous lavions presque pas et nous avions du mal à nous faire accompagner aux toilettes, mais ils allaient nous laisser nous brosser les dents ? Un jour, en nous conduisant aux toilettes, ils nous ont donné un verre d’eau pour que nous nous brossions les dents. Moi, je n’ai pas pu tenir quelques minutes de plus debout et je me suis évanouie. Deux jours plus tard, ils nous ont tout retiré : le dentifrice venait des Laboratoires de l’Armée argentine.

Les derniers temps, ils ont fait venir un médecin ou un infirmier qui venait nous demander comment nous allions. Comme nous, les femmes, nous n’avions pas nos règles et il nous disait qu’il allait nous injecter quelque chose mais que ce serait « avant d’aller en prison ». J’ai entendu qu’il disait qu’il allait faire cette injection à Zulema Izurieta et María Elena Romero la nuit où ils les ont sorties de là. Quelques minutes plus tard, j’ai senti qu’elles parlaient avec la voix de celui qui s’endort sous l’effet d’une anesthésie.

 


Cas de détenus disparus à La petite école durant mon séjour

Cas de Graciela Alicia Romero de Metz et Raúl Eugenio Metz

Graciela avait été arrêtée le 16 décembre 1976 à Cutral Có (Neuquén) avec son mari Raúl Eugenio Metz. Tous deux avaient 24 ans au moment de leur arrestation et une fille de 2 ou 3 ans. Des individus lourdement armés avaient fait irruption à leur domicile menaçant aussi les voisins. À partir de ce moment, ils n’ont plus eu de nouvelles de leur fille. Graciela était enceinte de 5 mois et, pendant son transfert en camionnette à Neuquén, elle a été torturée au ventre avec la gégène et brutalement frappée. Ensuite, tous deux ont été transférés à La petite école où ils se trouvaient au moment de mon arrivée (le 12 janvier). Raúl était obligé de rester en permanence allongé par terre les mains attachées dans le dos. Vers la fin du mois de janvier, il a été transféré (à Neuquén disaient-ils). Un recours en Habeas Corpus a été déposé. Il figure sur les listes des disparus dressées par Amnesty Internacional.

Graciela est restée à La petite école, obligée à rester couchée, les yeux bandés et les mains attachées comme les autres. Le dernier mois de sa grossesse elle était autorisée à « marcher ». Ces promenades, les yeux bandés, consistaient à faire dix fois le tour d’une table, en s’appuyant sur le bord. Quelques jours avant son accouchement, ils l’ont emmenée dans une des caravanes de la cour. Le 17 avril elle a accouché d’un garçon, sans assistance médicale, mais tout s’est bien passé.

J’ai demandé avec insistance à ce qu’on me laisse l’assister ou l’accompagner mais on ne m’y a pas autorisé. Elle a été assisté par les gardes. Le 23 avril elle a été emmenée de La petite école et je n’ai plus eu de nouvelles d’elle. Elle figure sur les listes des disparus d’Amnesty International. Son fils, selon les gardes, a été donné à un des tortionnaires.

 

Le cas de Zulma Aracelli Izurieta et son compagnon « Braco »

Zulma (24 ans) et son compagnon (d’environ 18 ans) avaient été arrêtés à Córdoba vers la première semaine de décembre. Ils ont été emmenés au camp de concentration « La Perla » et début janvier ils ont été transférés en avion militaire à Bahía Blanca. La personne en charge de ce transfert a été le chef de tour de garde « Chiche ». Le 12 avril, après avoir été pendant 4 mois prisonniers-disparus, ils les ont fait se laver et enfiler leurs propres vêtements, ont rendu ses bracelets à Zulma et leur ont dit qu’ils allaient les emmener en prison.

J’étais dans la même chambre que Zulma et María Elena Romero (que l’on a sortie de là cette même nuit). L’infirmier est venu et m’a fait changer de chambre. Dans l’autre pièce, il y avait Braco et Benja (les compagnons respectifs de Zulma et María Elena). J’ai entendu qu’ils leurs injectaient un anesthésiant – les gardes leurs faisaient des blagues à ce propos et on pouvait entendre la respiration rythmée et profonde de celui qui s’endort. Ils les ont enveloppés dans des couvertures et les ont sortis de là. Le jour suivant, les deux couples figuraient dans les journaux comme morts dans un « affrontement » avec les forces militaires dans une maison de General Cerri, ville voisine de Bahía Blanca. (Journal La Nueva Provincia du 12 ou 13 avril 1977).

 

Le cas de María Elena Romero et « Benja »

Ils ont été arrêtés le 6 février 1977 à leur domicile par des hommes habillés en civil et lourdement armés. María Elena était la sœur de Graciela Romero. Tous deux avaient 17 ans. Son compagnon, que l’on surnommait « Benja » était lycéen, mesurait environ 1 m 60, mince, les cheveux châtains, légèrement ondulés, les yeux marron, nez et bouche fins. Son nom figure certainement dans  La Nueva Provincia  du 13 avril 1977, puisqu’il y apparaît comme mort dans un supposé affrontement. Ils ont été sortis de La petite école (comme je l’ai déjà dit), la nuit du 12 avril 1977 et fusillés (comme il est dit dans le journal).

 

Le cas de Nancy Cereijo, Stella Maris, Carlos Mario D’Ilaqua et Hugo Daniel Pvonpfandl

Arrêtés le 7 février 1977 à Bahía Blanca, Mario et Hugo par des membres de l’Armée en uniforme. Tous avaient 18 ans. Nés à Punta Alta, ville voisine de Bahía Blanca.

Stella Maris travaillait à la chocolaterie Savoy, à Bahía Blanca. Elle les cheveux bruns et lisses, les yeux bleus, des traits communs, mesure environ 1 m 65 et pèse environ 60 kg.

Carlos et Hugo ont été beaucoup torturés. Carlos a eu un bras déboîté (pour avoir été pendu par les bras dans le puits).

L’après-midi du 13 avril, ils ont tous été transférés avec Elizabeth et María de los Ángeles Ferraris. Quand on m’a emmenée aux toilettes à la mi-journée, j’ai pu voir sous le bandeau leurs pieds, tous les six étaient assis dans l’étroit couloir.

Je n’ai plus jamais eu de leurs nouvelles.

 

Le cas de María de los Ángeles Ferraris

Arrêtée fin janvier 1977, dans la ville de Ingeniero White, près de Bahía Blanca. 26 ans au moment de son arrestation, elle était étudiante en biochimie à l’Université Nationale du Sud. Le 13 avril ils la sortent de là avec le groupe mentionné ci-dessus.

 

Le cas d’Elizabeth

Arrêtée fin janvier à Bahía Blanca. Elizabeth avait 24 ans au moment de son arrestation. Cheveux bruns et lisses, yeux marron. Elle mesurait environ 1 m 60 et pesait environ 62 kg. Elle étudiait la biochimie à l’Université Nationale du Sud. Le 13 avril, après 2 mois et demi passés à La petite école, elle a été sortie de là avec le groupe déjà mentionné. Autour du 16 avril, les gardes avaient une radio allumée. Il y avait un flash d’information et il était question d’un « affrontement » à La Plata, ils ont dit que deux couples étaient morts. Quand ils ont commencé à donner les noms, nous sommes parvenus à entendre le prénom Elizabeth avant qu’ils éteignent précipitamment la radio. Éclaircissement manuscrit sur l’original : « Le prénom, mais pas le nom, que nous ne connaissions pas ».

 

Le cas des élèves du secondaire

Quand je suis arrivée à La petite école, il y avait une douzaine de jeunes gens de 17 ans, tous élèves d’une classe de l’École Nationale d’Éducation Technique numéro 1 de Bahía Blanca. Ils avaient été arrêtés à leurs domiciles en présence de leurs parents, dans la seconde moitié de décembre 1976. Certains sont restés un mois là-bas, durement frappés et obligés à rester étendus sur le sol les mains attachées dans le dos. Au moins deux d’entre eux ont été torturés à la gégène. Ensuite, ils ont été libérés. La raison de leur détention était un incident qu’ils avaient eu avec un professeur (militaire de la Marine) : comme c’était la fin de l’année scolaire, il y régnait un climat de joie dans l’école. Ledit professeur les a mis en garde contre le tumulte et les élèves ne se sont pas soumis à son autorité. À cause de cela, ils ont été exclus de l’école. Les parents des élèves ont protesté auprès des autorités militaires et on demandé la réintégration des élèves. Les autorités les ont « avertis » qu’ils cessent leurs demandes « ou ils allaient le regretter ». Quelques jours plus tard, des groupes d’hommes encagoulés et lourdement armés ont fait irruption aux domiciles des étudiants et les ont arrêtés.

 

D’autres détenus-diasparus

  • Une femme d’environ 50 ans qui tenait un commerce à Ingeniero White. Elle est restée 2 jours.
  • Un jeune homme de 26 ans, jardinier. Il l’ont torturé en le brûlant avec un chalumeau. Ils le gardaient en dehors du bâtiment dans une caravane. Il était mince, environ 1 m 70, yeux marron, cheveux châtains et raides. Il portait des lunettes. Il a été arrêté fin janvier 1977.
  • Un jeune homme qui avait une plaie profonde à la poitrine, résultat de la torture. Nous l’avons entendu demander des soins pendant des jours. Quand ils ont fini par le faire, la plaie était sévèrement infectée, selon les commentaires des gardes.
  • Un couple, qui était en dehors du bâtiment dans une caravane.
  • Un soldat.
  • Un autres couple, arrêté le 24 avril 1977.

 


Autres cas, antérieurs à mon arrivée à La petite école

Le cas de Graciela Izurita et son compagnon

Graciela Izurieta (26 ans), sœur de Zulma Izurieta, a été arrêtée à son domicile, au 300 rue 11 de Abril à Bahía Blanca, mi-octobre 1976. Graciela était enceinte de trois mois au moment de sa disparition. L’opération au cours de laquelle Graciela et son compagnon ont été arrêtés a été menée par des membres de l’armée en uniforme. Graciela a été sortie de La petite école fin décembre, environ à son cinquième mois de grossesse et personne n’a plus jamais eu de ses nouvelles. Son compagnon, un jeune homme d’environ 25 ans, à peu près d’1,85 m, très mince, blond et portant des lunettes, travaillait dans le bâtiment. Sa photo a été publiée dans La Nueva Provincia, un journal de Bahía Blanca, entre novembre et décembre, en tant que « mort dans un affrontement devant une école ».  Au cours de ce soit-disant affrontement, est aussi mort José Luis Peralta, qui, selon les témoignages de personnes qui sont passées par le camp de concentration, avait été arrêté à Mar de la Plata et transféré à La petite école avec une blessure au pied.

 

Le cas de María Eugenia González de Junquera (22 ans) et Néstor Junquera (25 ans)

Arrêtés à Bahía Blanca, à leur domicile, le 13 novembre 1976. Leur arrestation a été menée par des individus lourdement armés, habillés en civil. Parents de deux enfants, Mauricio et Anahí, 2 ans pour le garçon et quelques mois pour la fillette, confiés à la famille. Néstor était ouvrier à la Daw Chemical et travaillait à la construction du Complexe Pétrochimique de Bahía Blanca. María Eugenia était femme au foyer. Tous deux ont été torturés à La petite école et María Eugenia, qui avait des problèmes de santés suite à un avortement, a été en danger de mort pendant la torture. Des témoignages de gens qui y étaient avant moi peuvent attester qu’ils ont été sortis de là mi-décembre 1976. Personne n’a jamais plus eu de leurs nouvelles, alors qu’un recours en Habeas Corpus avait été déposé.

 

Le cas de Juan Carlos Castilla et Juan Pablo Fornazari

Arrêtés en septembre-octobre 1976, alors qu’ils voyageaient en camionnette en direction de Bahía Blanca. Leur arrestation a lieu à un barrage routier dans les environs de la ville et ils sont amenés au Commandement du Ve Corps de l’Armée. Selon les témoignages, ils sont restés pendant des heures les yeux bandés, dehors, debout et nus, et entourés de chiens dressés à l’attaque qui ne les laissaient pas bouger. Ensuite, ils ont été transférés à La petite école. Là, ils ont été sauvagement torturés. Après avoir été torturés à la gégène et étant très affaibli, ils obligeaient Juan Carlos Castilla à rester debout, attaché par les testicules à la grille de l’une des fenêtres de la chambre. En décembre 1976, ils sont cités dans le journal La Nueva Provincia comme morts dans un affrontement avec les forces militaires. Leur camionnette était entre les mains des militaires et utilisée à La petite école entre autres pour aller chercher les repas, qu’ils rapportaient du Ve Corps de l’Armée.

 

 

Le cas de Manuel Tarchitzky et Zulma Matzkin.

Ils figurent dans les journaux comme morts dans un affrontement pendant qu’ils passaient en voiture Fiat 600 sur une route près de Bahía Blanca. En réalité Zulma et Manuel ont été arrêtés par les forces militaires à des dates et des endroits différents bien avant la date de leur assassinat. Ils sont restés à La petite école jusqu’à la date de ce faux affrontement, qui a eu lieu en octobre ou novembre 1976.

 

 

Le cas de Horacio.

Arrêté fin novembre 1976. Il avait 26 ans et était gardien dans le foyer pour adolescents situé au 1000 rue Zelarrayán à Bahía Blanca. Il a été arrêté à son domicile. Environ 1,70 m, cheveux châtains et yeux clair. Horacio a été sauvagement torturé et apparemment – selon un témoignage – transféré à l’hôpital pénal de Sierra Chica, où il est mort en 1977 des suite de la torture.

 

 

Libérés du camp

Des personnes qui sont passées par La petite école et se trouvent en liberté, dont je ne publie pas les noms car je ne connais pas leur situation actuelle et que je ne veux pas leur porter préjudice.

  • Une jeune étudiante de 21 ans.
  • Un couple, parents de 2 enfants
  • Un autre couple, elle de 28 ans et lui de 31 ans.
  • Un jeune handicapé
  • Deux frère, d’environ 20 et 26 ans.

 

Un cas postérieur à mon passage à La petite école

Ana María Germani de Maisonave et Rodolfo Maisonave.

Ils sont arrivés à la prison de Villa Floresta (Bahía Blanca) environ en août 1977 après être restés 15 jours prisonniers-disparus à La petite école. Ana María est biochimiste et avait 32 ans au moment de son arrestation. Le couple a une fille (de quelques mois au moment de leur arrestation) qui a été arrêtée avec ses parents, passant un jour dans le camp de concentration et a ensuite été déposée devant la porte de ses grands-parents. Rodolfo et Ana María ont été torturés. À cette date, ils sont emprisonnés. Ana María à la prison  Villa Devoto (Buenos Aires) et Rodolfo à la prison de Rawson. Tous deux ont été condamnés à 25 ans de prison par un conseil de guerre totalement arbitraire et illégal.

 

 


Signé Alicia Mabel Partnoy
Avril 1981

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