10 livres qui racontent la dictature

 

Le 24 mars, le journal argentin La nación a publié une liste de 10 romans argentins contemporains qui racontent « autrement » la dictature.
Ci-dessous, vous trouverez des extraits en français de cet article.

Par Daniel Gigena
Source

 

À quelques jours du 41e anniversaire du coup d’État militaire, un état des lieux des fictions qui explorent des perspectives autres et font parler des voix tues permet de mesurer la mémoire.

 

Dans un essai écrit pour La Nación, Carlos Gamerro a identifié quatre formes adoptées par la littérature nationale pour raconter les circonstances traumatiques de la dictature militaire : la dénonciation, l’ellipse, le témoignage et la désacralisation. Cette dernière comprenait en majorité des fictions écrites par les enfants des militants, bien que, comme le signalait l’auteur de Las islas, celle-ci ait acquis son autonomie par rapport à la filiation. Il y a encore, toutefois, peu de romans ou de récits qui assument le point de vue des oppresseurs ou de ceux qui partageaient l’idéologie incarnée par le gouvernement des juntes militaires. « Étant donné que nombre de bourreaux sont libres et impunis, l’écrivain qui leur invente une voix propre dans sa fiction se trouve dans une situation éthique insupportable, ce qui le pousse à introduire un contrôle moral et idéologique dans le texte par le biais d’une autre voix ou de retournements de situations, ce qui ruine littérairement l’action », dit Miguel Dalmaroni, professeur et essayiste.

Pour Federico Lorenz, écrivain, historien et directeur du musée Malvinas e Islas del Atlántico Sur, la manière d’aborder ce thème n’a pu échapper au moule à partir duquel on a appris à lire ces années sombres. « Le mal absolu s’était abattu sur l’Argentine, et la perspective à partir duquel il était raconté s’est au départ concentré sur le sauvetage des traces de cette expérience, dit Lorenz. La littérature de témoignage a déplacé, en certaines occasions, la fiction. Au fil du temps, sortir de cet abîme a permis, par ondes de choc, aux écrivains de s’ouvrir à de nouveaux thèmes : la vie militante, l’exil, les Malouines, etc. Bien moins encore, est intégré le point de vue de ceux qui ont perpétré ces actes ou les histoires des pans de la société qui ont profité de la répression. » Pour l’auteur de Montoneros o la ballena blanca, ce n’est pas un hasard que la littérature traitant de cette période semble inépuisable et à peine réitérative. « La mémoire comme prisme et le passage des années permettent d’explorer de nouvelles façons d’écrire sur ces années, car surgissent des regards générationnels différents des regards de ceux qui ont ouvert ce chemin », affirme-t-il.

Nous avons choisi dix fictions écrites au fil du temps sur la dictature militaire qui a débuté dans notre pays le 24 mars 1976.

 

1. 1982. Cambio de armas. Luisa Valenzuela (réédité par Colihue en 2015)
2. 1998. A veinte años luz, Elsa Osorio (réédité par Colihue en 2014)
3. 2002. Dos veces junio. Martín Kohan, Sudamericana
4. 2008. Nudos, Patricia Ratto. Adriana Hidalgo
5. 2012. Una misma noche, Leopoldo Brizuela. Alfaguara
6. 2013. Las voces de abajo, Pablo Melicchio. Simurg
7. 2014. Todos éramos hijos, María Rosa Lojo. Sudamericana
8. 2016. DAF /(Deficiente Aptitud Física), Beatriz Vignoli. Bajo la luna
9. 2016. Al Sur, Gabriel Lerman. Astier Libros
10. 2017. El canario, Carlos Bernatek. Clarín-Alfaguara


Pablo Melcchio, Las voces de abajo, Simurg, 2013 / Les voix d’en dessous, Zinnia Éditions, 2016.

Pablo Melicchio avait 9 ans quand le football argentin gagna sa première coupe du monde. « J’ai fait la fête dans la rue, au milieu la foule, juché sur le dos de mon père, se souvient l’auteur. Cette pauvre photographie est tout ce dont je me souviens de ce mondial. Avec le temps j’ai appris qu’il s’était agi d’un plan pour cacher les horreurs commises. Des années plus tard, alors que je travaillais comme psychologue dans une institution pour personnes handicapées mentales, j’ai vu un des patients s’arrêter subitement de balayer et, regardant le sol, commencer à parler tout seul. Et s’il communiquait avec les disparus ? C’est avec cette question que j’ai commencé à écrire ce roman. Chiche, le personnage principal, présente d’un côté des « troubles du développement » mais, d’un autre, possède un don qui lui permet d’entendre les disparus, assassinés et enterrés dans la ferme où il travaille. Quelqu’un croira-t-il sa vérité ? » Dans le roman, handicap et disparition s’articulent et tentent de se réparer mutuellement. « Les voix d’en dessous est mon dialogue avec le passé, avec cet enfant sur le dos de son père », dit Melicchio, qui cette année a publié La mujer pájaro y una modesta eternidad [La femme oiseau et une modeste éternité].

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